On the edge.

Genre : Drama/Hétéro

Pairings : Bill/Moi   Disclaimers : Tokio Hotel, et moi.

 

Suite et fin de "Schrei" et "Durch Den Monsun".

 

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Une volute de fumée opalescente qui tournoie vers le plafond, horriblement lentement, comme un serpent aussi paresseux que stupide. Je me sens comme assommée. Comme si un éléphant en pleine course avait piétiné ma tête. Ça fait bien quatre jours que je n’ai pas dormi. Parce que, dans le bus, je n’y arrive pas, je n’y arrive plus, depuis que j’ai senti ce corps contre le mien, ces lèvres sur les miennes. Ils n’avaient rien à y faire. C’est mon frère. Ça pourrait l’être. Ça aurait pu l’être.

Je passe les doigts dans mes cheveux poisseux et remonte ma frange, dévoilant mon front blême et mes yeux cerclés de mauve et de noir. Le noir, c’est pour le liner, le mauve ce sont mes cernes épais comme le trait de maquillage. Mes yeux marrons disparaissent dans toutes ces couleurs.

J’empêche vaguement une larme de rouler sur ma joue.

J’aimerais que l’un d’eux vienne me chercher. Mais maintenant c’est eux contre moi. Ils savent que je suis bonne à jeter, et maintenant qu’ils m’ont usée, je ne vaux plus rien.

Il ne faut pas que je dorme.

Le bus s’arrête en bordure d’un champ. C’est ridicule, risible, et dramatique à la fois. Je chancelle sur mes jambes, perdue dans mon pull noir mille fois trop grand pour moi qui tombe sur mes épaules. Je ne porte que ça. Ça et SA paire de DocMartens. La SIENNE. À LUI. LUI, qui contrôle ce duo de connards. La tête de file. Dans son ombre, essaye toujours de briller… Que des conneries.

Je sors par la porte du milieu du bus, qu’on ne me voie pas. Gustav est assis sur une chaise pliable, il m’observe, tandis que je m’enfonce dans le champ. Mes doigts glissent sur la coupure à ma lèvre inférieure, causée par SES dents. Il m’a mordue. Et il a attisé la flamme de ma douleur, avec le fer de son piercing. Je le déteste, je crois. Non, je l’aime trop pour ça, mon frère. Mais sa trahison me coupe la gorge.

Je m’assois dans les ténèbres et les tournesols.

Je sors un tout petit miroir rectangulaire, qui était dans mon dos. Dessus, je répands de toutes petites paillettes blanches. On me les a offertes. C’est ma première fois. Je ne pensais pas être encore vierge de quelque chose.

Sur le côté du miroir, discrètement accroché, un petit tube vert bouteille. Le posant, incliné, contre le miroir, je le plante dans mon nez et inspire de toutes mes forces.

Rester éveillée. Si je dors, je meurs.

Mes cheveux s’emmêlent sous mes doigts qui se crispent. J’ai mal. Ils ne me cherchent pas, et si je ne rentre pas dans le bus, qui sait s’ils s’en apercevront.

Je suis devenue le boulet qu’ils traînent à leur cheville.

Tout ça parce qu’ELLE…

Je sers ma gorge avec mes mains, tandis que le produit se répand dans mon sang, aussi vite que le ferait une goutte de lave.

ELLE n’est plus.

Un soir, ou plutôt une nuit, elle a succombé à une overdose d’héroïne. J’étais dans la salle de bains, dans la baignoire, nue, défoncée, euphorique. J’ai ri, en l’entendant mourir.

Je ne rirai plus jamais.

Quand on m’a retrouvée, j’ai fui. Ils savaient bien que j’étais aussi défoncée qu’elle. Je ne suis pas allée aux obsèques.

Mais deux jours après, Tom m’a trouvée endormie dans la boue à côté de la tombe. Et cette nuit-là…

À partir de là, je n’ai plus dormi.

 

-Eh !

 

Je crois que c’est moi qu’on appelle. Je desserre mes doigts de ma gorge, mais j’ai si mal que je sais que j’aurai des bleus. Je me lève, soudain très énergique. Je n’ai plus envie de dormir, je veux juste regarder autour de moi, comme ça, toute la nuit. Je vois chaque détail de chaque chose. Je sens chaque odeur. L’odeur du sang. L’odeur amère des tournesols. Et SON odeur, bien que lointaine, surplombe toutes les autres. Il me dédaigne, je le sais. Je m’en fous.

J’arrive vers la voix qui m’appelait, mes yeux s’ouvrent de nouveau. Il me regarde comme si j’étais folle.

 

-Tu saignes du nez !

 

Georg, mon pauvre Georg… Tu me faisais confiance.

 

-Qu’est ce que t’as encore foutu ? Et eh, t’as quoi à la lèvre ? Et t’as vu tes yeux ? Putain ça fait combien de foutus jours que t’as pas dormi, pauvre conne ? Mais t’es défoncée, ma parole !

 

Ses phrases s’enchaînent et ne veulent rien dire. Je ris comme une demeurée et murmure, sur un ton tout à fait charmant, empreint d’ironie et de haine :

 

-Ta gueule.

 

Il se braque. Je sens qu’il aimerait m’en foutre une. Mais il ne le fait pas. Pourquoi ? Je prends sa main entre mes doigts trop faibles pour la porter, et la fais claquer contre ma joue, assez fort pour faire tourner ma tête.

 

-Frappe-moi.

 

Là il hallucine complètement. Je sens son pouls qui accélère, contre son poignet. Ses yeux paniquent. Il va appeler. Il va L’appeler. Non, Georg… NON !

 

-BILL !! VIENS TOUT DE SUITE !! Hurle-t-il, de l’adrénaline pure dans les yeux. Il craint visiblement que je tombe, dans l’instant.

 

Je lâche sa main et je me tourne vers le champ, dans lequel je m’enfouis, je m’enfuis, je ne sais plus. J’ai pris ma piqûre de bonheur, s’il vient je vais souffrir, encore. Il va me forcer à me vider, encore. Il va vouloir éponger mes larmes, éponger ma peine. Il ne peut pas. Personne ne peut. Seule la mort épongera tout cela.

Je vais rejoindre Emily. Je vais la rejoindre, dès que je le pourrai. Pourquoi vivre encore, sortir de ça ? Personne ne m’aime ici, personne ne me retient. Eux m’aimaient, et maintenant ils me traînent comme un boulet.

J’avais oublié à quel point j’avais peur du noir.

Je m’arrête, immobile au milieu du champ de tournesols. Aussi loin que porte ma vue, il n’y a plus que des fleurs. De grosses fleurs à la tête orange. Comme autant de serpents qui veulent s’enrouler autour de moi.

Mon cri transperce la nuit.

Je suis recroquevillée au milieu de ces serpents qui fondent sur moi avec la rapidité de milliers de missiles à tête chercheuse. J’ai peur. Une peur dévorante qui cuit mes entrailles et mon corps, emplissant ma gorge d’acide. Un dernier hurlement proche d’un gargouillis sort de cette gorge irritée…

 

-BILL !!

 

J’étais au sommet. Je suis redescendue. J’ai eu ma piqûre de bonheur. Maintenant je vais crever, ici, toute seule, parce qu’il ne me cherchera jamais. J’ai froid, j’ai faim, et la fatigue me gagne tant que tous mes membres semblent composés de plomb.

 

Et soudain, la lumière.

Ses bras me soulèvent, il m’étreint si fort que j’ai peur que ses os se brisent. Ses larmes de peur coulent sur mon visage, tandis que ses lèvres couvrent mon front de baisers.

 

-Tu m’as fait tellement peur… Peur à en crever… Idiote… Je t’aime… Je t’aime…

 

Ma main remonte très lentement et va se poser sur sa joue, recueillant ces gouttes de tristesse qu’il verse sur moi, comme pour me baptiser. Et soudain je me souviens.

Emily ne m’aimait pas. Elle ne m’a jamais aimée. Elle jouait avec moi et se jouait de moi. Mon amour était à sens unique. Ce soir-là, elle avait prévu de me tuer. Ma dose d’ecstasy était triple, c’est pour ça que j’ai fini dans un état semi-comateux. Mais elle ne savait pas que, dans son excitation, elle avait trop chargé sa seringue. Elle s’était piquée toute la journée. L’héroïne a eu raison d’elle, alors que l’ecsta m’a seulement mis la tête à l’envers. J’ai oublié tout ce que j’étais. Si Bill a couché avec moi, c’était dans l’espoir que ça me donne un tout petit peu de réconfort, parce qu’on le faisait souvent, avant. Quand il allait mal, Tom et moi venions dans sa chambre, et nos attentions, nos lèvres, nos doigts, nos douces caresses le remettaient d’aplomb.

Telle est la vérité.

 

Rentrés dans le bus, Bill me force à jeter toutes mes drogues. Toutes celles que j’avais cachées partout. Tout, mis à part mes cigarettes. Tout finit dans les toilettes. Son sourire me donne envie de sourire aussi.

Cette nuit-là, après ce qui me semble être des milliers de cigarettes, je m’endors près de lui. On est nus. On l’a fait. Cette fois, je garderai mon esprit en l’état. Plus question de me défoncer.

 

Ma piqûre de bonheur, celle qui me transporte dans les sommets, ce sont eux.

 

Sing my redemption.

 

THE FOCKING END.

 

Arisu~Cocaïne ®

 

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