If I were you... (Si j'étais toi)

Genre : Drama/Death/School

Pairings : /

Disclaimers : MOI & Baby.

Ce texte a été publié dans le recueil de mon lycée qui sort tous les ans : "Les raisins verts". Ce recueil est disponible pour 3 € au Salon du Livre de Mouans-Sartoux. Je tiendrai le stand avec Baby Samedi et Dimanche (02/03 Octobre) dans l'après-midi, si vous voulez venir nous voir. Je précise que les noms ont été changés pour préserver l'intégrité physique de l'auteure. Cette fiction est écrite à partir d'un de mes rêves, retouchée par Svet-Baby, et re-retouchée par moi même. Enjoy !

____________________

 

Alice. Barbe.

Alice (gauche) et Barbe (droite)

 

 

 

 

Je sors de la salle de cours. Le ciel gris est aussi lourd que mon cœur. J'ai la désagréable sensation d'être un peu hors de mon corps, d'être déconnectée du réel pour rester dans la douleur. Il bruine autour de moi, et les gens qui se pressent, filent comme des fourmis hors de leur fourmilière, et m'ignorent. Je sens soudain un corps derrière moi, une main sur mon épaule. Je me retourne et aperçois le visage d'une amie, un sourire. Je souris à mon tour, et moi, Alice, je me sens de nouveau intègre. Et puis le "J'vais manger, on s'retrouve au Pouce", les pas qui s'éloignent, la chape de plomb qui recouvre d'un coup mes épaules. Je me trouve vraiment stupide et inutile.

Je traverse le corridor en ruminant des idées noires lorsque soudain, j'entends un rire et que mon cœur fait une embardée dans ma poitrine. En face de moi se tient Tetsuya. Il se dirige dans ma direction. Il passe près de moi, son sourire illuminant son gracieux visage. Il est comme un éclat de soleil qui se serait venu se perdre au milieu des hommes. Il ne m'a même pas remarquée, et moi, je sens un déchirement brutal dans ma poitrine. Dans ma tête défilent mille souvenirs : la lumière d'un soir d'été brillant dans ses yeux bridés, ses bras autour de mon corps, nos fous-rires et nos plaisanteries… tout ce qui a disparu et qui laisse à présent la place à ce vide glacial de l'indifférence et de l'inexplicable. Je le hais de tout cœur.

Je suis encore immobile sous la pluie qui s'est mise à tomber. Je ne me suis jamais sentie aussi détachée de moi-même. Mon âme pleure, mais mes yeux sont secs. Je sens un horrible étau autour de ma poitrine qui se resserre, qui m'étouffe… J'halète. Je ne peux plus respirer, et mon cœur s’emballe. La douleur s'intensifie. Je veux mourir, ici et maintenant. Je regarde par-dessus la rambarde et je sens déjà mon corps qui tombe, tombe…

 

Je repris conscience assisse à une table dans la cour du lycée. Il pleuvait toujours cette bruine légère qui humidifiait mes joues comme autant de larmes. Je relevai la tête et croisai mon propre regard.

- Que … ?

Une petite étincelle machiavélique fit briller les yeux de mon reflet. Légèrement penchée, presque lascive, une autre moi, qui n'était ni tout à fait moi, ni tout à fait une autre, affichant un cynisme terrifiant sur son visage. Devant moi, le mal venait de s'incarner, et par le comportement de ceux qui passait à mes côtés, je compris rapidement que j'étais invisible aux yeux des autres : Barbe, ma jumelle démoniaque, s'était subsistée à moi. Je ne savais pas d'où lui venait ce nom, mais je sentis instinctivement qu'il était sien. Mes yeux s'écarquillèrent d'effroi quand Tetsuya passa à côté de la table et que Barbe alla à sa rencontre.

-Viens, j'ai à te parler, dit-elle.

Il leva un sourcil, l'air surpris, et elle le tira par le bras, en direction des toilettes des filles. Je me levai, partant à leur suite, essayant désespérément de retenir Tetsuya par le bras. Son contact me brûlait, et mes mains traversaient son corps sans que je ne puisse l'atteindre. Comment ne pouvait-il pas voir que Barbe suintait le danger ?

- N'y vas pas ! M'écriai-je. Non, c'est un piège !

Barbe lui adressa un sourire enjôleur et pervers et descendit sa main pour la glisser dans celle de l'Asiatique. Arrivant devant les toilettes des filles, il marqua un temps d'arrêt, mais elle sourit de plus en belle et le tira.

Barbe les enferma dans une cabine de toilettes, et je les suivis en traversant la porte comme un fantôme. Je me plaçai au fond de la cabine et regardai Barbe qui caressa tendrement la joue de Tetsuya, puis glissa la main dans sa veste. Aussi effarée que lui, je la vis alors sortir un long couteau de cuisine.

- Tu n'oseras pas… chuchota-t-il.

Je tentai de me mettre devant lui, de le protéger, mais une simple poussé mentale de Barbe me repoussa. Et son poignard s'enfonça au plus profond de son ventre. Le sang d'un rouge vif gicla sur le tee-shirt blanc de Barbe et sur son visage ricanant. Tetsuya loucha sur le couteau planté dans son estomac, tandis qu'un filet de sang gouttait au bord de ses lèvres que j’aimais tant effleurer, jadis. Barbe récupéra son arme et ignorant mes hurlements, la planta encore et encore. Chacun des coups qu'elle portait faisait cracher à Tetsuya une gorgée de sang. Quand elle eu fini, Tetsuya esquissa un mince sourire en réponse au ricanement machiavélique de Barbe.

-Je ne pensais pas que tu … aurais… le courage… murmura-t-il en s'effondrant.

Sa tête heurta la porte avec un bruit mat. Barbe se retourna brusquement, les pupilles dilatées et je contemplai, terrifiée, la vision de mon propre visage sous l'emprise d'une folie démoniaque. Elle s'avança vers moi, me poussa contre le mur et je remarquais avec effarement qu'elle pouvait me toucher. Mon cœur battait à vive allure alors qu'elle se penchait à mon oreille.

- Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour toi …

Ses lèvres se joignirent aux miennes, nos corps se fondirent l'un dans l'autre, et je me retrouvai soudain couverte de sang, avec le poignard dans la main droite. Mon autre main glissa sur le verrou et je sortis de la cabine, déclenchant les hurlements sur mon passage, tandis que le corps sans vie de Tetsuya glissait sur le sol, englué dans une gangue de sang. J'avançai sans but, jusqu'au milieu de la cour, la pluie lavant le sang sur mon visage, se mêlant à mes larmes nouvelles."Pourquoi ? Je te hais si fort, et pourtant…" On prit mon bras, je sentis un souffle familier contre mon oreille. Le sang battait contre mes tempes, ma vue se brouillait. Qu'est-ce qui s'est passé demanda le souffle. Ouvrant mes lèvres asséchées, je réussis à murmurer "légitime défense" avant de perdre connaissance.

 

Je repris conscience dans une salle d'interrogatoire petite et sombre et devinai que la journée serait très longue. Au fond de moi-même, comme un écho machiavélique, résonna ce terrible et cynique rire qui me glaça d'angoisse…

 

 

Arisu~Cocaïne ®
Svet-Baby
®

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×