1.

 

• Titre du RP : "Aime moi, car l'amour et la haine c'est notre histoire depuis longtemps déjà."
• Forum : http://fukujuu.forumactif.com
• Personne qui RP avec moi : Reika Heartnetx
• Pairings : Kazuki (joué par moi-même)/Byô (joué par Reika)

Mon personnage, Kazuki

_________________________________

 

La nuit venait tout juste de tomber, mais il faisait pourtant déjà totalement noir dans ce quartier reculé de la ville. Les ténèbres l'engloutissait voracement à chaque seconde qui passait, le plongeant ainsi dans une parfaite obscurité. Un vieux bâtiment sombre, plus délabré que les autres et plus grand aussi, détonnait sur la grande place déserte du village. Byô venait souvent ici, pour ses massacres sanglants et massif. Les humains agglutinés dans cette battisse changeaient toute les semaines ; c'était un squatte, en sommes. L'endroit idéal, donc, pour tuer autant de gens que désirer, sans jamais se faire prendre. Ces morts là, n'étaient pas à déplorer.

 

Byô traversa alors cette immense place sans vie, contournant la fontaine centrale et pénétra finalement dans le bâtiment. Le rez de chaussé était toujours vide, car des corps morts y demeuraient. L'odeur était d'ailleurs si répugnante que même lui aurait préféré s'en passer. Il monta les escaliers grinçant et frappa à la première porte usée. C'est une femme qui donnait l'impression d'avoir quarante mais qui devait à peine en avoir vingt cinq qui lui ouvrit. Derechef, il s'arrangea pour qu'elle le prenne contre son grès en sympathie... Puis elle le laissa entrer. Dans le précaire appartement se déroulait un typique tableau familial. L'enfant jouait sur le tapis, les parents faisaient à manger et la jeune fille les rejoignit pour mettre la table. S'asseyant dans le salon, Byô ferma ses paupières et se concentra sur tout ce grouillement de sentiments...Deux minutes suffirent pour que la haine, la colère, la rancune prennent le pas sur le reste. Deux minutes seulement avant que chacun saute sur son voisin, et ne l'égorge avec un couteau de cuisine, l'étrangle, le frappe à mort. Ne restait après ces quelques minutes qu'une unique survivante sur laquelle Byô sauta pour l'achever. Il alla finalement se repaitre sur chacune de ses victimes, avant de sortir de l'appartement.

 

Tout l'immeuble y passa.

 

Assit sur le toit, les jambes pendant dans le vide, il observait les habitations alentour, calme. Aucune n'avaient pût se rendre compte du massacre qui venait de se dérouler. Ce n'était que dans quelques heures, quand le jour serait levé, que quelqu'un découvrirait les corps, et viendrait les retirer d'ici pour les mettre au rez de chaussé.

 

Byô essuya le filet de sang restant au coin de ses lèvres et sortit une cigarette de ses mains tremblantes. Kazuki venait de murmurer à son esprit, Kazuki était encore présent. Quand disparaitrait-il enfin ? Il avait beau tuer autant d'humain qu'il le voulait... L'image tendre de son ex-amant, coucher dans le même lit que lui, dans leur ancienne appartement... lui revenait toujours en mémoire.

 

Il rejeta sa tête en arrière, et lança sur le quartier un sentiments de pure mélancolie ; il n'avait pas le droit d'être le seul à souffrir ainsi, à ce moment précis.

 

_________________

 

 

La nuit venait en effet de poser son lourd manteau sombre et étouffant sur la ville, et c'était le moment rêvé pour un hunter. Les vampires sortaient de leurs cachettes, partaient se nourrir, et étaient à découvert, parce qu'ils croyaient que les tueurs les attendaient au coeur de la nuit. Mais Kazuki était malin, il avait compris ce qui se tramait dans les têtes malheureusement trop pleines des vampires. Et son instinct ne l'avait pas trompé, ce soir là non plus.

Car les rues, les ruelles, toute la ville grouillait de vampires, comme une fourmilière dont le trop plein cherche à s'échapper. Il est dit qu'une fourmi peut porter des choses bien plus grosses qu'elle. Eh bien dans le cas de Kazuki, c'était quasiment le poids du monde qu'il portait. Or, le monde était bien plus gros que lui. Bien trop grand, bien trop vaste pour son petit corps, son petit coeur. Le monde, c'était Byô.

 

Ces derniers temps, il ne parvenait pas à se le sortir de la tête. Auparavant il lui suffisait de se mettre en chasse, de tuer quelques bons vieux vampires avides de sang, de défoncer quelques visages trop ressemblants, d'aller faire son rapport à Hakuei, d'avaler ses somnifères et de se coucher, pour que le visage de son amour s'en aille. Mais ces jours-ci, c'était différent. Byô occupait chacune de ses pensées, se reflétait dans chacune de ses larmes, comme avant. Il s'était plongé dans le travail, avait établi une carte des différentes planques connues de vampires, pour l'élite et les autres hunters, mais même cela ne lui avait pas sorti celui qu'il avait tant aimé de la tête. Aucun doute, il l'aimait toujours.

Mais comment faire, alors que Byô était devenu ce que Kazuki chassait, et que Kazuki était ce que Byô chassait ? Comment vivre une histoire alors qu'ils n'étaient que deux fantômes qui se pourchassaient sans se voir ?

 

Cette nuit là, les pas de Kazuki le guidèrent vers les taudis, qu'il connaissait par coeur. Il s'y était aventuré de nombreuses fois, et un seul immeuble lui avait échappé, car l'odeur qui y régnait le faisait saigner du nez, aussi étrange que cela puisse paraître. Résultat : il était assailli par des hordes de vampires affamés, et ne pouvait pénétrer dans le hall. Être obligé de battre en retraite l'énervait positivement, et il décida donc de se couvrir le nez avec une écharpe et d'explorer enfin ce bâtiment puant.

Le hall était plein de cadavres, à divers stades de décomposition. Certains commençaient même à se liquéfier, formant des flaques entre le jaune et le vert. D'autres étaient rongés par les nécrophages, et des mouches vertes répugnantes s'échappaient parfois de leurs globes oculaires, blanchis par la mort. Kazuki faillit vomir devant ce spectacle, mais se contenta de tousser et monta dans les appartements.

 

L'un d'eux avait été le siège d'un véritable massacre. Toute une famille s'était fait massacrer, et chacun des membres avait le cou déchiqueté. Le vampire qui avait fait ça était d'une extrême barbarie, et la vue de la douleur et de la mort semblait beaucoup l'exciter. Avec un frisson d'apréhension, Kazuki arrangea son pistolet dans sa main, posa son doigt sur la gâchette et chargea, au cas où. On ne savait jamais, le vampire pouvait être encore dans l'immeuble.

Étouffé par l'immonde odeur de chair en putréfaction, Kazuki se dit qu'il allait prendre l'air. Ayant toujours aimé la lumière, il se dit qu'il serait sans doute bien mieux sur le toit, et monta les escaliers quatre à quatre pour se soustraire au spectacle. Arrivé en haut, il baissa son écharpe et avala une grande goulée d'air.

Goulée d'air qui l'étouffa lorsqu'il vit qu'il n'était pas seul.

 

Machinalement, il pointa son pistolet en direction du dos qui lui faisait face, les jambes tremblantes. Cette courbure, ces hanches fines, ces cheveux en bataille... Non, ça ne pouvait pas être...

 

"Pitié, non..." Pensa Kazuki.

 

Ses larmes commencèrent à couler avant même que Byô ne se retourne, et lorsqu'il se retourna, le coeur de Kazuki se fendit violemment en deux. Il lui semblait qu'il allait jaillir de sa poitrine et s'envoler dans le ciel, parmi les étoiles. Et ç'aurait sans doute été préférable. Tout aurait été préférable à cette douleur. Malgré lui, un gémissement s'échappa d'entre ses lèvres, et ses larmes redoublèrent tandis que son pistolet s'abaissait lentement. Il n'était pas capable de tenir, face à Byô. Tout juste capable de se livrer à la mort, sans hésitation ni crainte...

 

_________________

 

 

Byô entendait déjà des pas pressée gravir les dernières marches de l'immeuble pour le rejoindre sur le toit. Et il resta stoïque. Les sentiments de cette personne venait d'envahir l'air et de l'alourdir. C'était une mélancolie bien plus grande que celle qu'il venait de lancé sur le village, mais aussi égale que la sienne. Il y descellait aussi de l'amour - sûrement la source de cette éreintante souffrance... Tout comme lui. S'attardant un peut plus sur ces bruits de pas, cette démarche, il se figea. Sa tête restée en arrière, ses yeux exorbité. Il aurait reconnue entre mille, la cadence de ses pas. Cette manière de marcher était typique d'une seule et unique personne... De personne d'autre... De lui. Celui sur lequel il n'arrivait même plus à m'être de nom en y pensant, par peur d'encore plus se faire de mal. Cette personne meurtrière qui l'avait laissé choir dans la solitude, sans jamais plus donner de nouvelle après sa fuite. Cette même personne qui l'avait tué. Parce qu'il était mort, en cet instant et ce depuis des années maintenant. Détruit par l'absence du plus tendre des amours, qui s'était aussi avéré être le plus vil. Kazuki, l'homme pour lequel son cœur continuait de battre malgré toute les ignoble souffrances psychique qu'il subissait éternellement... Celui la même, qui paradoxalement, l'achevait de secondes en secondes.

 

La porte s'ouvrit, et il reprit une expression des plus neutre tout en se redressant avant de tourner la tête vers le nouvel arrivant. Aucune surprise, elle était passée, maintenant. C'était tout naturellement Kazuki qui se tenait devant lui, des larmes salées dévalant ses joues rebondies - et sûrement toujours aussi douce que par le passé. L'arme qu'il tenait pointée sur lui s'abaissa alors qu'un petit cris étouffé s'échappait de ses lèvres. Byô restait impassible. Il se contentait d'observer l'objet de sa convoitise, qui lui avait un jour filer entre les doigts... Comme l'air dont on a besoin pour respirer, mais qui nous manque quand un couteau nous est planté en plein cœur. Les cheveux de Kazuki étaient toujours brun, mais avait légèrement repoussé. Sa stature restait fine et élancée, et ses courbes graciles. Sa visage revêtait une intense douleur, alors que ses yeux de couleur toujours identiques ne cessait de pleurer. Il n'avait pas changer... Seule son sourire avait disparut, comme Byô. Byô qui lui, n'était absolument plus ce qu'il avait été. Ses cheveux n'étaient plus platine, mais désormais brun où quelques mèches blondes s'y perdaient. Ses yeux étaient de couleur artificiel, bleu. Son teint était pâle comme la mort, et son corps beaucoup plus musclé. Mais au delà de ce simple physique, il était devenue terne, aigris. Il n'était plus l'être joyeux et débordant de vie que Kazuki avait connut.

 

Si le cœur de Byô avait pût imploser, sans doute l'aurait-il fait... mais il se contentait juste de battre la chamade comme jamais. Totalement maître de son corps, il arrivait à contrôler les tremblements qui désiraient venir, tout comme les larmes qui quémandaient à couler de ses orbes. Rester de marbre... Il avait toujours espérer pouvoir rester de marbre s'il revoyait un jour Kazuki... Et il avait aussi toujours pensée que ça ne serait pas possible. Pourquoi alors, arrivait-il si bien à ne pas craquer ? Ses émotions étaient-elles si facile à contrôler ? Non. C'était sûrement son propre pouvoir qui agissait sur lui à l'instant présent... Et Byô s'étonnait d'ailleurs que malgré la mélancolie qu'il avait jeté sur la ville, Kazuki soit dans un tel état... Ca, ça ne pouvait être de sa faute... Du moins, pas à cause de son pouvoir. Le plus vieux se haïssait... Il haïssait cette capacité qu'il avait de pouvoir contrôler les sentiments de toutes personnes... Car à cause de cela, il ressentait les émotions de chacun autant que si elles avaient été les siennes... Sa douleur était déjà si grande à la base... mais mêlée à celle de Kazuki, s'était tout simplement insupportable !

 

Byô conservait pourtant une expression neutre. Il fixait Kazuki d'un regard vide, dépourvue de ses véritable sentiments. Il avait toujours crut que sa gorge se serait nouée, qu'elle n'aurait pût émettre aucun son, face à son amour perdu... Et pourtant, la rancune était si forte, qu'une voix froide et sévère claqua dans les airs.

 

" Qu'est-ce-que tu fais là ? "

 

C'était bien la seule personne à qui dire des choses si banal ne l'ennuyait pas... Mais peut-être était-ce aussi la soudaineté de la situation qui l'empêchait de lui lancer à la figure tout les reproches qu'il avait toujours rêver de lui balancer à la figure.

 

_________________

 

Si la gorge de Byô n’était pas nouée, celle de Kazuki, par contre, était bien plus que nouée. Il n’était même plus sûr d’arriver à respirer, tant son cœur lui faisait mal. Progressivement, très lentement, il tomba à genoux, et finit par lever les yeux vers Byô. Il avait changé. Ses yeux étaient d’une couleur sensiblement différente, habités par l’éclat de la folie. Ses cheveux étaient teints, du châtain et du blond, loin du platine qu’il avait longtemps arboré. Mais son corps était le même, en plus musclé. Toujours aussi fin, toujours aussi svelte, toujours aussi beau.

Avec amertume, Kazuki se souvint que maintes fois il avait caressé ce corps. Maintes fois ils s’étaient étreints, maintes fois enlacés, maintes fois ces lèvres déformées par une moue de colère avaient embrassé les siennes. Ce visage qu’il reconnaissait, ces traits qu’il mourait d’envie d’effleurer pour vérifier leur véracité, il les avait si souvent observés, dans le sommeil comme dans l’éveil, et s’était émerveillé de leur pureté, de leur beauté. Il ne parvenait même plus à être en colère contre lui-même, depuis que l’objet de toutes ses pensées était devant ses yeux. D’ailleurs, toute colère l’avait quitté, pour laisser la place à un vide immense et une tristesse tout aussi grande.

 

Car la voix de Byô avait claqué dans l’air, comme un coup de fouet, ou une claque que Kazuki se serait prise en pleine figure. Sa colère, sa rancune, sa haine étaient palpables, elles flottaient entre eux, tandis que le néant habitait Kazuki, de plus en plus, de plus en plus vite, de plus en plus violemment.

 

Vaillamment, il tenta de récupérer son pistolet qui était toujours au bout de son bras. Pour le décharger, montrer à Byô qu’il n’était pas dangereux, qu’il n’allait pas lui tirer dessus une seconde fois. Certes, il était hunter. Certes, il devait allégeance, ou presque, à Hakuei. Mais Byô, ça n’était pas pareil. Ça n’était pas n’importe quel vampire, c’était Byô. Alors il sortit le chargeur de son pistolet et le fit glisser jusqu’aux pieds de celui qu’il aimait, les yeux toujours levés vers lui, et toujours ruisselants.

 

-Tu n’as pas changé…

 

Sa voix tremblait, chacun des mots qu’il prononçait lui coûtait un effort intense. Ses mains, elles aussi, tremblaient comme des feuilles mortes. Un vague sourire orna ses lèvres pleines et piercées, un sourire plein de désespoir, plein d’amour aussi, le sourire de celui qui veut qu’on mette fin à ses souffrances. Kazuki se sentait comme un condamné à mort : les yeux de Byô auraient sa peau, et même plus. Ils avaient déjà son cœur, son âme, son corps, tout ce qu’il avait un jour possédé.

 

Ce qu’il aurait voulu voir, c’était le visage de Byô déformé par la rage, dévorant froidement un humain, du sang plein les lèvres. Il aurait voulu voir son côté bestial, son côté animal, son côté vampire, somme toute. Mais celui qui se dressait devant lui n’était rien de plus que Byô, en colère. Une colère froide, pleine de ténèbres et de haine. La pire des colères. S’il avait hurlé sur Kazuki, celui-ci se serait laissé faire, ne se serait pas débattu le moins du monde, aurait encaissé les coups sans broncher. Mais là… Il était impuissant. Impuissant devant cette colère glaciale, cette vague à la fois banquise et volcan qui crépitait dans l’air et dans les yeux de Byô.

Il aurait voulu tout recommencer et ne jamais montrer sur ce toit. Ne jamais entrer dans cet immeuble. Mieux, ne jamais tirer sur Byô. Non, ne jamais le rencontrer. Il aurait aimé renaître sous un autre nom, un autre visage. Il aurait aimé que le Kazuki au bord du coma, le Kazuki qui flottait dans le néant, disparaisse comme la fumée d’une cigarette.

Mais en même temps, il voulait sauter dans les bras de Byô. Le serrer contre lui, et qu’importe le froid de son corps, qu’importent ses crocs acérés. Le couvrir de baiser, pleurer contre lui. Lui dire « je t’aime ! Je t’aime et je t’aimerai toute ma vie ! Je t’aime que tu sois vampire ou humain ! » et le serrer contre lui.

Mais il resta là, figé, à genoux, son visage larmoyant levé vers son amour, avec dans les yeux tout l’amour et tout le vide de l’univers.

 

________________

 

Byô aurait voulut qu'il disparaisse. Lui et ses mots insensés. Lui et son amour inchangé. Lui et ses sentiments qui le prenaient aux tripes, qui l'enfonçaient dans le dédale des siens, qui creusaient sa tombe. Qu'il meurt. Il désirait plus que tout que Kazuki s'efface, disparaisse. Changé ? Il avait changé. Il était loin d'être le même, et s'était ses trop vives émotions qui empêchait le chasseur d'y voir clair. Byô avait désormais une plaie béante dans son cœur, qui ne partirait jamais, qui ne cicatriserait jamais. Une blessure ouverte et vive, qui le mangeait de l'intérieur et l'assombrissait un peut plus à chaque pensée qu'il avait envers Kazuki... Ça serait pire, maintenant qu'il l'avait revu. Maintenant qu'il constatait avec rage que Kazuki demeurait inchangé. Il était toujours le même. Cette expression, il l'avait vue plus d'une fois ! Jamais aussi intense, mais plus ou moins similaire. Lors de leurs disputes, quand il était le fautif... Kazuki revenait toujours vers lui, les yeux larmoyant et la mort dans l'âme. Avant, ses orbes lui criaient "ne me laisse pas, je t'aime."... Mais en ce jour, les choses avaient elles aussi été modifiées. Ce n'était plus simplement le fruit d'une légere discorde... C'était là bien plus encore. L'amertume que dégageait Byô émanait d'une meurtrissure bien plus douloureuse que celles de paroles dictées par la colère. En ce jour, s'était l'absence injustifié de l'être cher qui faisait régner une atmosphère aussi haineuse. Et les yeux de Kazuki ne faisait que murmurer : "reprend-moi, je m'en veux, je t'aime encore". Si Byô n'avait pas été aussi blessé. S'il n'avait pas été aussi rancunier. S'il n'avait pas eu autant de fierté... Peut-être bien aurait-il pût se jeter dans ses bras et l'étreindre longuement, lui chuchoter de doux mots réconfortant à l'oreille, et lui dire qu'il l'aimait encore. Ca lui était pourtant impossible. Il ne pouvait que rester ainsi, statique, à le regarder se lamenter sans aucune once de dignité. Le comportement de son ex-amant était extrême, mais justifié. Byô ne s'était cela dit pas attendu à une telle réaction de sa part. Il aurait crut que Kazuki serait passer devant lui sans même le regarder, ou alors, qu'il l'aurait méprisé. L'infecté n'avait pas pensé une seule seconde que Kazuki puisse regretter son geste, le passé. Mais il ne fallait pas qu'il se laisse déstabiliser. Pour ça, il fallait qu'il parte. Que Kazuki s'en aille et le laisse seul une seconde fois. Il fallait à tout prix, que le brun l'abandonne à jamais, pour de bon. Qu'il le laisse mourir en paix.

 

" Vas-t'en ! "

 

Byô se remit sur pied d'un mouvement souple. Il jeta dans le vide sa cigarette qu'il avait laissée se consumer et fit prendre le même chemin au revolver de Kazuki. Son attitude demeurait imperturbablement flegmatique ; un visage extérieur ne pourrait que penser qu'il n'avait que faire, de son interlocuteur. Et pourtant, son cœur lui criait de pleurer, de hurler sa rage, de frapper son amour, de le mordre sans retenue, de le jeter contre un mûr, d'utiliser son pouvoir pour modifier ses sentiments, de faire disparaitre son amour... Quelle charmante, envoutante, idée. Il n'avait qu'à se concentrer sur l'enveloppe charnelle de Kazuki, et ainsi, transformer son amour en haine. Il pouvait l'amputer de ce sentiment et le faire devenir fou. Mais quelque chose l'en empêchait. Kazuki l'aimait... et il avait au fond de lui tellement espérer que ses sentiments soit encore réciproque qu'il ne pouvait se résigner à les annihiler de la sorte. C'était trop traite, que de retirer à Kazuki ce qui le tenait encore en vie, aujourd'hui.

 

D'un geste qui lui demanda un effort surhumain, il s'accroupit juste devant l'amour de sa vie, et saisit son menton entre ses doigts. De son autre main, il essuya l'une des trainer de larme qui coulait sur sa joue gauche, observant par la suite avec indifférence son doigt mouillé de liquide lacrymal. Sa voix cette fois-ci lasse et dénuée d'un quelconque réel ton, s'éleva à nouveau.

 

" Je ne suis plus le même. Et tu n'es plus non plus, le même. La seule chose qui demeure inchangée, c'est le tourment dans lequel tu m'as plongé, le chagrin que tu m'as insufflé, duquel est né une haine rageuse et puissante. Nous n'avons plus rien à nous dire, et cela, c'est toi qui l'as décidé il y a bien longtemps. "

 

Il marqua une courte pause, retirant ses doigts de cette peau qu'il désirait tant toucher encore et encore... Toujours aussi douce, comme il l'avait deviné. Cette peau dont il voulait découvrir une fois de plus les milles délices cachées. Il voulait y poser ses mains pour étreindre son corps, et se sentir grimper au septième ciel, rien qu'avec des mots d'amour et quelques caresses. Ce temps était cela dit révolue, et ne restait que le souvenir de leur corps suant collés l'un contre l'autre. Un souvenir. Rien de plus.

 

Byô se releva alors, lui tournant le dos pour observer la ville paisible qui assistait à leur étrange retrouvailles.

 

" Part "

 

_________________

 

 

Pars. Un simple mot, craché, jeté, presque avec dédain. Mais ça n'était pas suffisant. Les yeux de Byô avaient beau être différents, lorsqu'il s'était penché, Kazuki avait pu voir en eux, en lui, toute la douleur, toute la peine, la haine, la rancoeur. Tout ce qui était maintenant partie intégrante de lui, et visiblement partie intégrante de Byô. Alors non, il ne partirait pas. Non, il ne partirait plus. Il se releva, avec courage, jeta un coup d'oeil dédaigneux à son pistolet qui avait volé dans le vide. Hakuei lui en donnerait un autre, et puis c'était le cadet de ses soucis. Non, c'était pire que ça. C'était le dernier de ses soucis. Son seul souci était de récupérer Byô. Parce qu'il l'aimait toujours, à en perdre l'esprit. Il aurait fait n'importe quoi pour que ses doigts fébriles touchent encore son visage, comme quelques secondes auparavant lorsqu'il avait essuyé ses larmes. Les doigts de Byô ne changeaient pas. Kazuki avait l'impression de les sentir encore, sur sa peau, comme s'il l'avait brûlé.

Il fit un pas, puis deux. Ses larmes continuaient à couler. Il s'arrêta à un mètre à peine de Byô, et, dans un souffle de vent, chuchota :

 

- Non, jamais plus.

 

Il n'en était plus capable. C'était au dessus de ses forces. Contempler ce dos large à la peau si douce, si brûlante, se tourner et partir, à jamais. Il n'en était pas capable. Il avait voulu se forcer, oublier, se jeter à corps perdu dans le travail, tuer vampire sur vampire pour oublier le visage de Byô mais n'y était pas arrivé. Alors il se résignait. Son regard était fermement encré à l'arrière de la tête de son ancien amant, il attendait qu'il se retourne. Sa voix tremblait comme s'il allait s'évanouir en fumée lorsqu'il dit :

 

- Tu as changé. J'ai changé. Mais regarde-nous... On est là, l'un en face de l'autre, comme si c'était écrit. Tu sais que j'y croyais, Byô. Au destin, tout ça. Mais plus que tout je croyais en nous. Et maintenant regarde-moi, regarde-nous. Une chose n'a pas changé, Byô, et ne changera jamais : tu domines mon coeur, mon âme, chacune de mes pensées. Alors la seule façon pour toi de me faire partir, ça serait de me tuer. Parce que je ne bougerai pas. Balance-moi du haut de ce toit, Byô. Je n'en ai plus rien à foutre d'être un hunter, de Hakuei, de mon flingue, des vampires, de cette putain de ville, de ce putain de monde dans son intégralité. Tout ce qui m'importe c'est toi. Alors tue-moi.

 

Et il écarta les bras, tel le Christ sur la croix, toujours derrière Byô. Il n'avait pas peur. Certaines parties de sa tirade n'étaient pas tout à fait vraies : un coin de son esprit s'inquiétait d'Hakuei, de son flingue et du reste. Mais ce coin était serré, sanglé, englouti par le reste. Et le reste, c'était Byô. Alors il ferma les yeux, sans cesser de pleurer, et sourit, aux anges cette fois-ci. Parce que si Byô le tuait, il mourrait heureux, en ayant dit ce qu'il avait sur le coeur, et en ayant revu son visage. Le bref contact de leurs peaux, rien que cela l'avait rendu euphorique. C'était la seule chose qu'il manquait à sa vie. Dans son esprit, une scène se forma. Il tuait une ribambelle de vampires aux pouvoirs extraordinaires, avec un pistolet ouvragé, noir mat, qui était attaché à son poignet par une chaîne. Hakuei lui disait avec un sourire qu'il était fier de lui, et fier d'être son ami. Puis il marchait tranquillement dans les rues calmes, franchissait la porte d'un appartement et allait embrasser Byô. Il s'asseyait sur le lit, et lui offrait son sang. Puis ils faisaient l'amour, et se racontaient leurs journées. Il prenait sa guitare, jouait un air, Byô chantait un peu, ils riaient. Et le sourire de Kazuki s'accentua, bien malgré lui.

 

- N'hésite pas, surtout. Tue-moi, et repaît toi de mon sang, je te le laisse. De toute façon tout mon être t'a toujours appartenu, et tu le savais.

 

"Je t'aimerai jusqu'à ce que je meure, ou que je perde la raison." L'aimait-il encore assez pour l'épargner ?

 

Le vent nocturne s'engouffra dans les cheveux de Kazuki et, malgré ses larmes, il eut un très léger gémissement proche d'un éclat de rire. Il n'avait plus ri depuis longtemps. Mais la simple présence de Byô, et l'idée de sa mort toute proche, l'idée de ne plus avoir à vivre sans lui, le réconfortait. Il se sentait bien, tout simplement. Prêt à mourir.

 

 

"Viens, allons ensemble, c'est un joli soir pour mourir. Et si ta main tremble, dis-toi qu'il faut juste partir." (Damien Saez - Jours Étranges)

 

________________

 

" Cesse donc de m'appeler ainsi. Nous ne sommes plus rien l'un pour l'autre ; Rien si ce n'est quelques souvenances exacerbées. "

 

Sa main chercha un long moment dans la poche intérieure de sa veste, jusqu'à ce que l'objet de sa convoitise soit entre ses doigts calleux. Il retira ainsi le briquet de son vêtement et cacha son cylindre de nicotine d'une main pour ne pas être gêné par la légère brise nocturne, alors que sa seconde dés-enclenchait la sécurité de l'appareil pour enflammer sa cigarette. Il en tira une longue bouffée qu'il mit plusieurs secondes à recracher. Pendant ce temps, il rangeait le petit ustensile, et commençait à faire les cents pas. Les paroles de Kazuki venaient de retourner son cerveau, et d'accélérer les battements de son coeu ; il s'offrait à lui comme avant, il l'avait fait bien des fois. Il lui donnait la possibilité de décider de son sort, de le tuer, d'annihiler son amour et de le réduire à un état second. Byô avait crût pouvoir être capable de lui ôter sans plus de cérémonie ses intenses émotions, mais finalement il oscillait. Avait-il réellement ce droit que Kazuki lui cédait sans une once d'hésitation ? Était-il sincèrement le régisseur de la vie de l'être qui avait été - et était encore aujourd'hui - le plus cher à ses yeux ? La question était existentielle, mais grande. Elle le tourmentait au point de lui faire omettre de demeurer impassible. Ainsi, ses traits étaient tirés par l'appréhension, par la haine mais aussi l'amour, par le désappointement. Ses lèvres étaient crispées, restaient pour le moment close à se demander ce qu'elles allaient bien pouvoir dire... Ses poings avaient leur éternelle habitude, dans ce genre de cas, de se serrer un maximum, et ses ongles de s'enfoncer sous sa peau. Ses pas étaient régulier, rythmés par les battements frénétiques de son muscle vital. Son sang faisait le tour de son être et remontait irriguer son cerveau à une vitesse plus que déraisonnable ; il cédait... Il était irrémédiablement entrain de céder. Parce qu'il n'avait qu'une solution en tête, à cet instant... C'était de le tuer... De quelque manière que ce soit, l'enveloppe charnelle de son cher et tendre finirait par s'éteindre... Ce n'était pas ce qu'il avait désiré. Byô, en souhaitant lui retirer son amour, avait pensé le brimer au point que Kazuki n'aurait plus supporter de vivre, mais ce serait laisser errer tout de même, en ce monde... Et pourtant, il venait de lui affirmer que le résultat serait le même que s'il le tuait à mains nues, ors, Byô n'avait pas dans l'idée de lui ôter la vie mais plutôt de le faire souffrir à jamais.

 

Alors qu'il continuait d'aller et venir sur une distance réduite - quatre ou cinq mètres, pas plus - une illumination se répandit dans sa boite crânienne ; il venait de trouver la solution. S'approchant de Kazuki, il repoussa avec violence sa main tendue et le colla contre le mûr, son corps épousant à la perfection le sien. Leur visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre, tellement que s'il l'avait voulut, Byô aurait pût embrasser ces lèvres si tentatrice, qui l'appelaient. Il n'en fit pourtant rien. Leur souffles se contentaient de se mêler l'un à l'autre et leur fronts se touchaient presque. L'une des mains de Byô était coller contre la paroi et l'autre venait de se poser sans la moindre indécision sur la hanche du plus jeune. Ses yeux étaient désormais le reflet de son âme et permettaient à Kazuki d'observer tout les ravages qu'il avait causer à l'essence de Byô. Positionné de la sorte, le vampire pouvait disposer au mieux des sentiments de Kazuki. Il les laissaient pénétrer en lui sans mal, et s'emparer du moindres carré de son être. Leurs sentiments ne faisaient désormais plus qu'un dans le corps de Byô. Maintenant qu'il avait totalement saisit l'intensité de la source des émotions de Kazuki, il pourrait les lui enlever, les lui modifiés, ou lui en ajouter d'autres. En sommes, il pouvait à sa guise manipuler son être. Mais avant que quelconque changement s'opère, Byô reprit son discours d'une voix emplit d'acrimonie.

 

" Il m'est simple d'extorquer tout type de sentiment, à qui que ce soit. Tu ne fais pas exception. A l'instant où je te parle, ils sont autant en moi qu'en toi. Je les ressent de la même manière que toi. Voilà pourquoi je peux parfaitement savoir, que ta haine envers toi-même est égale à celle que je me porte. Tu sais... Il me suffit d'une pensée de travers pour t'ôter tout amour, toute haine, tout regret. Mais mon but n'est pas de réduire à néant ton corps, mais plutôt ton âme. Je veux que tu en pâtisse autant que moi lorsque tu m'as quitté. Je veux que tu vive continuellement avec une souffrance bien plus grande que la mienne ancré dans ton coeur... Et je veux que tu rampe pour me récupérer... "

 

Byô rapprocha son visage un peut plus de celui de son ex-amant, frôlant presque ses lèvres tellement elles étaient désormais proches. Cela dit, à aucun moment il n'eut dans l'intention de sceller leur bouche l'une à l'autre ; ce serait faire trop plaisir à Kazuki. Leur corps étaient déjà assez serrés comme cela.

 

" Mais le pire Kazuki... Le pire, c'est que jamais je ne te pardonnerais. Tu aurais beau me supplier inlassablement... Tu restera en vie, par amour... Mais tu ne sera jamais satisfait, à cause de cet amour. "

 

Sans même que Kazuki n'ait le temps de répliquer, Byô commença sa manœuvre pour couler l'amour de sa vie. Il insuffla en Kazuki, tout l'amour du monde ; un amour extatique mais extrêmement douloureux ; un amour encore plus grand que le leur... Un amour qui n'aurait à la base, jamais pût être contenue en un seul corps. Mêlé à cela, il y ajouta une tonne de regret, de culpabilité. Il rendait ainsi Kazuki bien plus esclave encore qu'il ne l'avait jamais été de ses sentiments ; plus jamais il ne pourrait vivre sans pensée une seule seconde à ses actes, puisqu'il se sentirait pour toujours coupable et aimant... Ce n'était pas une petite vague de sentiment, qui l'envahirait en permanence, mais plutôt une tempête... Un ouragan dévastateur qui lui ferait penser à chaque seconde qu'il n'était qu'un moins que rien, qu'il avait gâcher leur vies. Ce sentiment même qui l'empêcherait de se suicider, sans pouvoir se trouver lâche. Et Kazuki avait horreur de la lâcheté... Byô l'avait toujours sût.

 

Le processus se termina au bout de quelques secondes seulement. Kazuki était désormais totalement remplit de sentiments tous plus incommensurable les uns que les autres... Des sentiments qui auraient pût faire imploser son coeur... Qui risquait d'ailleurs à tout moment de le porter au bord du gouffre. Seul Byô pouvait décider si un jour, Kazuki était digne de ne plus autant souffrir.

 

_________________

 

Le pouvoir de Byô était véritablement redoutable. En à peine quelques secondes, tout au plus quelques minutes, Kazuki s'était retrouvé submergé par des sentiments qui lui semblaient lui appartenir, mais que son coeur rejetait. La culpabilité, un incommensurable amour et une irrésistible envie de mettre fin à ses souffrances tout en sachant que ça serait une atroce preuve de lâcheté naviguaient dans son coeur, autant dire en eaux troubles. Et Byô qui était si près, tout contre son corps, à peine à quelques millimètres de ses lèvres, et qui lui mettait l'âme à l'envers... Ses larmes redoublèrent, et cette fois ses yeux étaient vides. Comme si, contrairement à ce que Byô avait voulu, il n'était plus capable de ressentir quoi que ce soit. Et c'était presque le cas : le moindre sentiment qu'il aurait ressenti en plus aurait sans doute fait exploser et son coeur et son âme. Sa pauvre âme déjà malmenée...

 

Kazuki tremblait de tous ses membres, et pleurait toutes les larmes de son corps, sans aucun bruit, sans que son visage ne change d'expression. Plus rien ne parvenait à circuler dans son cerveau, plus aucune information. Seulement le visage de Byô, si près du sien. Seulement cette haine tangible que lui vouait le vampire qui avait été son amant. Seulement son coeur qu'il sentait voler autour de lui, prêt à exploser. Un cri de douleur faillit lui échapper et il se mordit la lèvre jusqu'à se faire saigner pour le retenir.

 

C'était le supplice de la roue, du moyen-âge. Son coeur était tiraillé entre tous ces sentiments qui étaient les siens et ne l'étaient pas à la fois.

Mais malgré tout, ça n'était pas vraiment différent de ce qu'il avait déjà ressenti auparavant, à propos de Byô. Ce déluge de culpabilité, de honte, de haine, d'amour, il lui rappelait quelque chose. Certes, c'était mille fois plus intense mais c'étaient les mêmes sentiments, il les connaissait. Malheureusement, c'étaient ceux-là qui l'avaient rendu fou durant tous ces longs mois sans voir Byô. Alors il fit la seule chose qui lui passa par la tête...

 

Après s'être léché la lèvre inférieure pour enlever le sang, il franchit la minuscule distance entre Byô et lui et l'embrassa.

 

Dans son baiser, il fit passer toute sa douleur. Tous ces sentiments, que Byô lui avait insufflés. Mais aussi tout son courage désespéré. Il ne s'effondrerait pas. Il resterait près du vampire qu'il avait tant aimé, sur ce toit, jusqu'à ce que la mort le prenne. Il n'avait ni le courage ni la lâcheté de se la donner, la mort, alors il attendrait qu'elle vienne ou que Byô la lui donne.

Sa main se posa sur la hanche de Byô, comme elle l'avait fait tant de fois, et il le colla encore plus contre son corps. Il savait que le temps était compté avant que ce baiser ne soit brisé par un coup ou une parole blessante, et profitait de chaque seconde passée aussi près de Byô. C'étaient sûrement les dernières, puisque le vampire allait l'abandonner avec ces sentiments atroces, contre lesquels il ne pouvait rien. Alors il voulait profiter un maximum. Et puis... ce baiser était la plus belle des excuses qu'il puisse faire. Il montrait encore plus que Kazuki s'en voulait plus que tout, et qu'il ne pouvait plus vivre. Il avait essayé les suppliques, il avait essayé les promesses, il avait proposé de mourir, mais rien n'y faisait. Une toute petite partie de lui, encore consciente, espérait que ce baiser montrerait à quel point il s'offrait à Byô. Et ce qu'il espérait, plus que tout, c'était que Byô lise encore dans ses sentiments. Qu'il lise dans son coeur la culpabilité et l'amour qui étaient déjà là avant qu'il ne les insuffle puissance dix-mille. Qu'il lise les milliers de "Byô" gravés dans le coeur de Kazuki, blessures béantes découpées si profondément que plus rien ne pouvait les guérir...

 

_________________

 

Byô ne tenta pas de briser leur échange. A peine les lèvres de Kazuki avaient-elles prit possessions des siennes qu'il se trouvait transporté dans un autre monde... Des souvenirs, sensations, l'assaillaient de toute part. En fermant ses yeux pour profiter au mieux de ce tendre mais désespéré baiser, des images pénétraient de nouveau son esprit. Il se souvenait de leurs étreintes enflammées, de leur corps enlacés, des orgasmes qu'il atteignait toujours en faisant l'amour à cet être. Il se souvenait de ses doigts parcourant sa peau, de ses mains qui s'agrippaient à ses hanches, de ses ongles qui s'enfonçaient dans son dos. Il se souvenait de leur souffles erratiques entremêlés, de leurs gémissements de plaisir, de leurs cris de jouissance. Il se souvenait de l'odeur de leurs cigarettes qui se mélangeaient l'une à l'autre pour ne former plus qu'une - à l'image de leurs ébats. Et sa langue rencontrant à l'instant présent celle tant désiré durant tant d'années, lui donnait l'impression de vivre à nouveau. C'était comme si ce contact, si minime soit-il, qu'il échangeait avec Kazuki lui redonnait vie, une seconde fois. Qu'il lui permettait d'effacer tout leurs péchés et de vivre de nouveau, comme avant... Mais les larmes qui coulaient sur sa main qu'il venait de poser sur la joue du chasseur lui rappelait que la réalité était tout autre. Rien ne s'envolait vraiment, les blessures resteraient blessures à jamais. L'un continuerait inlassablement de faire souffrir l'autre, et vice-versa. Alors il prit son courage à deux mains pour combattre cette envie irrépressible de l'allonger sur le sol et d'unir, ici et maintenant, leur corps, pour le repousser de ses deux mains sur son torse. Il prit une distance considérable... Des larmes qu'il n'avait pas sentit venir violaient ses joues. Du revers de sa manche, il les essuya vivement, plongeant de nouveau ses orbes dans celles de son ex-amant.

 

" Je t'aime. "

 

Ces mots lui avait échappés contre son grès... Il ne pouvait en effet refouler la véritable nature de ses sentiments si facilement... Un comble, pour lui. Mais peut importait vraiment... Il venait de goûter de nouveau aux lèvres si tendres et délicieuses de Kazuki, et s'était tout ce qui comptait... Tout ce qui comptait, s'était qu'il avait une envie folle de lui sauter dessus et de dévorer encore et encore, sa bouche si sucré. Il ne le ferrait pourtant pas. C'était ors de question qu'il défaille aussi facilement. Pour ne pas prendre de risque, il recula d'un pas encore, puis d'un autre, et d'un autre... Avant d'arriver au bord du bâtiment. Ses membres tremblaient dans leurs totalités ; ses émotions contenues jusqu'ici devenaient impossible à masquer. Il fallait qu'il fuit ... Loin, si loin ! Trop loin, très loin ! Il fallait qu'il le quitte, maintenant qu'il tenait sa vengeance. Mais avant de partir, l'achever... Finir de le tuer

de remord. Douce, tremblotante, ânonnant... Sa voix s'éleva en un air qui était connut de tout deux.

 

" Wherever.... you are, I ....always make.... you smile "

 

Un sanglot l'empêcha de continuer derechef, mais il reprit contenance et acheva :

 

" Wherever.... you are, I'm.... always by.... your side "

 

C'était ces paroles que Kazuki avait un jour demandé à Byô de chanter, pour lui, en son nom... Des paroles en l'air, puisqu'il s'était enfuis lâchement. Des paroles qui parfois, encore aujourd'hui, résonnait dans son esprit avec comme fond sonore, les accords de guitare de son ex-amant... Une chanson qui lui déchirait le coeur, parce qu'elle avait tant signifiée pour lui, avant... Il avait crût, en toutes ces promesses d'éternité que Kazuki lui avaient faites. Il s'en souvenait même, mot pour mot, de toutes ces paroles qu'il avait pût lui dire...

 

Un dernier regard, une dernière larme ; des larmes d'amour trop longtemps enfermées dans son coeur... Un amour au goût amer, de rancune. Et Byô courut aussi vite qu'il le put, disparaissant dans les escaliers, s'évanouissant dans l'obscurité. Ne plus voir Kazuki... Il ne devait plus jamais le revoir. S'il ne voulait pas retomber dans les mailles de ses filets, il devait l'oublier.

 

Chose impossible.

 

_________________

 

 

Le vide le plus total se fit dans le coeur de Kazuki. Les paroles de cette chanson, il les connaissait par coeur. Et c'était sur ces dernières phrases que Byô était parti. Il avait couru, en pleurant, après lui avoir dit qu'il l'aimait, et s'était enfui loin de lui. Enfin, Kazuki put s'effondrer. Son corps entier s'emplit de tremblements qui ressemblaient presque à des convulsions, et ses larmes se transformèrent en sanglots. Tous ces sentiments en lui, même s'ils ne disparurent pas, parurent se taire. Un peu, au moins. Finalement, il resta allongé sur le sol, prostré comme un animal blessé, les bras ramenés sur sa poitrine.

 

La nuit était presque terminée lorsqu'il finit par se lever et par descendre, son écharpe sur le nez. Le soleil commençait à pointer, derrière les nuages. Mais ce spectacle le laissa de marbre. Si les sentiments avaient légèrement reflué - peut-être Byô s'était-il déconcentré -, chacun de ses pas murmurait le même nom : Byô. Les lumières citadines le hurlaient : Byô. Les immeubles le pleuraient : Byô. Le vent le chuchotait : Byô. Même le soleil, caché derrière ses nuages, semblait, un doigt sur la bouche et en faisant un clin d'oeil, soupirer un "Byô" assez sonore. Les larmes de Kazuki ne voulaient pas se tarir.

 

Par chance, il avait emporté un couteau papillon. Les quelques vampires qui daignèrent l'attaquer connurent le châtiment imposé à ceux qui dérangeaient Kazuki en pleine crise de panique et de larmes. Certains se moquèrent de lui. Ceux-là finirent les deux yeux crevés, accrochés à des fenêtres, à titre d'exemple. Et on le laissa calmement marcher jusqu'à son appartement.

 

Là-bas, il entra dans son bureau, là où il dessinait, des cartes et des portraits. Un mur entier était couvert de portraits de Byô, et il l'avait dessiné de mémoire. Ses larmes redoublèrent d'intensité.

 

Il ne pouvait rester comme cela. Il ne pouvait vivre comme cela. Alors il allait retrouver Byô. Le retrouver, récupérer ses vrais sentiments et, par extension, récupérer son amour perdu. Oui, c'était donc en chassant deux fois plus de vampires qu'il finirait par retomber sur Byô, forcément. Et cette fois-ci, il serait prêt. Enfin... non, il ne le serait pas. Jamais. Mais disons qu'il serait moins déstabilisé que cette fois-ci.

 

Satisfait de son plan, froidement monté par son cerveau malade, Kazuki décrocha son téléphone.

 

- Hakuei ? C'est Kazuki. Ouais, désolé, je sais, j'ai pas donné de nouvelles. Il va me falloir un nouveau flingue...

 

 

 

 

 

-FIN-

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×