Chapitre 7

 

Quelques heures seulement après cette très intéressante discussion, Alice, extrêmement bien habillée, maquillée, coiffée et chaussée de hauts talons qui lui faisaient des jambes interminables, était assise dans le salon de l’appartement de Tora, un verre de whisky coca à la main, une cigarette dans l’autre. Le guitariste était une très agréable compagnie et elle s’amusait beaucoup, mais elle avait également la folle impression d’être revenue au temps de sa première fois. La gêne de l’époque lui revenait en pleine figure, et elle s’y revoyait, engoncée dans une robe au décolleté plongeant, jambes nues, des chaussures ouvertes aux pieds, un sourire extatique aux lèvres et un taux un peu trop grand d’alcool dans le sang. Sans parler des autres substances. Mais ce soir-là, elle avait soudain ressenti pleinement qu’elle était une femme, et ce souvenir lui était resté, malgré toutes les brumes de l’alcool et de la drogue.

 

-T’as l’air pensive, Alice, souligna Tora en souriant.

 

Alice le regarda et sourit à son tour. Le brun était beau à en mourir. Ses avant-bras étaient nus, car il avait relevé les manches de sa chemise noire dont un certain nombre de boutons étaient défaits. Sous la peau fine, elle distinguait tout le réseau veineux et musculeux qui se gonflait au rythme des battements de son cœur. Un chapelet de perles noires qui finissait par une superbe croix en argent massif pendait autour de son cou et rebondissait sur ses pectoraux dessinés. Et elle n’osait même plus baisser les yeux vers son jean un peu trop moulant au niveau de ses fesses (qu’il avait extrêmement rondes et fermes) pour être correct. Elle l’avait fait une fois et grand mal lui avait pris. Il était certain qu’Etsuko n’avait pas fait les choses à moitié.

 

-J’étais entrain de penser que j’ai l’impression d’être redevenue vierge, répondit-elle en lui retournant son sourire avant de croiser les jambes.

 

Sa robe remonta légèrement sur sa cuisse et elle tira une latte sur sa cigarette, tentatrice. Même après deux ans d’abstinence, elle savait toujours draguer. Les yeux de Tora s’allumèrent, se mirent à flamboyer d’un désir farouche et indomptable.

 

-Une vierge ne ferait pas un truc pareil.

-Je ne vois pas de quoi tu parles.

 

Il se leva, sans la quitter des yeux, et s’assit à côté d’elle. Ni l’un ni l’autre n’avaient fini leur cigarette, mais bien vite les mains se mirent à dériver. Lui caressait sa cuisse, elle caressait son torse. Le souffle d’Alice devint haché, erratique. Une vague de concupiscence telle une coulée de lave déferlait sur elle, anesthésiant son esprit et éveillant ses sens.

En même temps, leurs deux mains plongèrent dans le cendrier et y déposèrent les cigarettes sur lesquelles une haute colonne de cendres s’était formée.

 

-Je suppose que tu préfèrerais le lit… chuchota-t-il tout contre ses lèvres en souriant tel un démon.

-En effet, répondit-elle sur le même ton avant de darder le bout de sa langue pour caresser la petite bouche entrouverte.

 

Le baiser qu’ils échangèrent les laissa tous deux pantelants. Ils n’étaient plus au temps de l’hésitation adolescente, tous deux savaient parfaitement ce qu’ils voulaient et la raison pour laquelle ils étaient ensemble en cet instant. Plus rien n’était laissé au hasard.

Ils se levèrent et il passa devant pour lui ouvrir galamment la porte de la chambre. Tout autour du lit, des bougies et des pétales de rose avaient été disposés, créant une ambiance brûlante, romantique et tamisée à souhait. Un parfum enivrant s’en dégageait. Elle sourit.

 

-Tu es parfait.

-Deux ans, c’est foutrement long, je ne voulais pas que ça soit un coup à la va-vite, murmura-t-il en l’enlaçant.

 

Tout doucement, il la poussa sur le lit. En la regardant, il poussa un petit soupir presque attristé.

 

-Quel dommage d’enlever une si jolie robe.

-Tu dis ça parce que tu n’as pas vu ce qu’il y a dessous, chuchota Alice en relevant le bas de sa robe, dévoilant que ce qu’il avait pris pour des collants était en fait des bas ornés de dentelle noire, accompagnés du boxer assorti, ce qui laissait présager que le soutien-gorge devait correspondre à l’ensemble.

 

Tora avala sa salive avec difficulté. La robe finit à terre assez rapidement, accompagnée par son tee-shirt et son jean – histoire qu’ils restent à égalité.

 

-Je vais aller doucement au début, ok ?

-Oh, ne te gêne pas pour moi…

 

Ils se sourirent. Les mains brûlantes et calleuses du guitariste descendirent lentement les bas, puis le boxer d’Alice, puis s’attaquèrent à son soutien-gorge. Pendant ce temps-là, la jeune fille tentait de contenir les très légers soupirs que lui arrachaient ces caresses assassines, et ces doigts diablement experts. Puis, Tora se plaça au-dessus d’elle et l’embrassa dans le cou, sur la poitrine, sur les épaules. Il ne pensait qu’à elle, et pas une seconde à son propre plaisir. Progressivement, il descendit, jusqu’à arriver à ce point précis qu’il convoitait. Sa langue agile se fraya un passage et Alice se cambra en gémissant doucement. Ses doigts, de chaque côté de son corps, emprisonnèrent les draps lorsqu’ils se serrèrent en poings dont les jointures étaient blanches.

En deux ans, elle avait eu le temps de perdre l’habitude. Les sensations lui paraissaient mille fois décuplées. Deux ans auparavant, jamais d’aussi simples caresses ne l’auraient amenées aussi loin.

D’un autre côté, elle n’avait jamais couché avec quelqu’un comme Tora. Quelqu’un qui se fichait de son propre plaisir, au profit de celui de l’autre. Un peu comme Smith dans « Kaboom ».

Soucieuse qu’il ne soit pas en reste, elle tira sur sa main pour le faire remonter et inversa les positions. En s’allongeant sur les coudes, il esquissa un sourire.

 

-Voyons si je n’ai pas perdu la main, chuchota Alice en le regardant dans les yeux, tandis qu’elle descendait son boxer et l’envoyait à l’autre bout de la pièce.

-Je n’ai jamais vu un regard aussi excitant, murmura le guitariste en réponse, tandis que la langue d’Alice glissait le long de son sexe dressé.

 

Lorsqu’elle le sentit prêt, elle lui prit à nouveau la main et le tira pour qu’il retourne au-dessus. Après deux longues années d’abstinence, elle avait bien le droit de se laisser dominer. Fort heureusement, il ne s’était pas perdu dans les délicieuses caresses qu’elle lui avait procurées. Et bien qu’il n’ait plus vraiment la tête froide, il parvint à rassembler ses idées. À nouveau, leurs lèvres se scellèrent, et les doigts d’Alice se perdirent dans les cheveux de Tora, qui étaient doux et déjà humides de cette sueur dont le plaisir couvre les corps. Bien malgré elle, elle sourit contre les lèvres du guitariste. Elle ne s’était pas aperçue qu’elle lui avait fait tant d’effet.

Et tandis que, une dernière fois, il descendait dans son cou pour y laisser une marque violacée, elle le sentit enfin en elle. Fugitivement, elle se demanda à quel moment exactement est-ce qu’il avait mis un préservatif, mais bien vite, la sensation de chaleur brûlante la prit, la traversa tout entière et la porta, et elle ne fut plus capable de penser à quoi que ce soit.

Son corps se tendit et se plaqua contre celui de Tora qui entra plus profondément encore en elle et gémit, doux son à l’oreille de la rouquine. Bien vite, ils se répondirent, tandis qu’elle pliait les genoux et remontait les jambes pour les nouer autour du guitariste, l’invitant à aller encore plus loin en elle. De son côté, lui se permettait des choses qu’il n’aurait jamais osées si Alice ne l’avait pas poussé. Leurs yeux se croisèrent, ils se sourirent et tout s’évanouit.

 

Tandis qu’elle attendait que ses terminaisons nerveuses enflammées veuillent bien s’éteindre, Alice regarda Tora qui ne bougeait plus non plus, terrassé par les endorphines qui le parcouraient, un sourire extatique aux lèvres.

 

-C’est pas possible. Ça peut pas faire deux ans, Etsuko s’est foutue de moi.

 

Elle lui rendit son sourire et se releva, demeurant assise un petit moment.

 

-Tu peux rester dormir, si tu veux, ajouta-t-il en la regardant remettre son boxer.

-Je suis sûre que demain matin tu seras content que je sois partie.

 

Elle sourit et revint vers lui pour lui voler un baiser.

 

-Attends, je te raccompagne, dit-il en se levant.

 

Lorsqu’ils furent près de la porte, il la plaqua contre le mur, passa les mains sous sa robe et lui donna un baiser qui la laissa indécise. Si elle restait, il allait sans dire qu’elle s’endormirait, surtout s’ils faisaient une seconde fois l’amour. Et, elle était bien placée pour le savoir, les lendemains matins avec formule petit-déjeuner étaient extrêmement désagréables dans ce genre de cas.

 

-Je te laisse mon numéro ? Proposa-t-elle en se dégageant.

-J’allais te le demander.

 

Ils échangèrent leurs numéros et, après un dernier baiser, elle sortit de l’appartement, le cœur en fête et le corps encore tout engourdi.

Arrivée en bas des escaliers, elle appela un taxi qui la ramena chez Etsuko. Dans le salon, assise sur le canapé, sa meilleure amie l’attendait, accompagnée d’Uruha, qui jouait de la guitare.

 

-Alors ? Tu vas tout me raconter en détail, de l’alcool qu’il t’a fait boire à l’odeur que diffusait les bougies en passant par la marque de préservatif que vous avez utilisée.

 

Alice esquissa un sourire.

 

-Whisky-coca, ambre, Durex. Et je suis crevée. Bonne nuit.

 

L’air offusqué d’Etsuko la fit mourir de rire et elle s’enfuit dans sa chambre avant que son amie ne décide de la séquestrer jusqu’à ce qu’elle lui raconte.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site