Chapitre 1

 

 

 

L’ascenseur descendait lentement, emmenant Alice dans sa course… pas très folle à vrai dire. L’engin était vieux, et allait si doucement que la jeune fille en venait à se demander s’il bougeait véritablement. Elle soupira, faisant se retourner une vieille dame en kimono (qui eut l’air proprement traumatisée), avant de pousser enfin son chariot hors du monstre de métal. Allongé sur leur valise, dormait son fils, Jérémie, que les douze heures d’avion et le décalage horaire avaient épuisé. Alice se doutait bien que ça serait comme cela, mais elle tenait à ce que son fils voie son pays d’origine au moins une fois. En effet, Jérémie était à demi japonais.

Au moment de monter dans la voiture qu’elle avait louée, elle réveilla son fils pour l’installer à l’arrière. Du haut de ses cinq ans, il était d’une beauté, d’une gentillesse et d’une intelligence rare. Premier de la classe, garçon le plus populaire de son école, et fierté des maîtres et maîtresses à qui il faisait l’honneur de dire bonjour. Tous les enfants voulaient jouer avec lui, et il acceptait volontiers. Il détestait la violence, séparait les petites bagarres de la cour de son école, et ce même si ceux qui se battaient étaient plus âgés que lui. Aux yeux d’Alice, et de beaucoup de gens, c’était véritablement un enfant parfait.

Mais il avait ses défauts. S’il n’était pas capricieux, il était colérique, et pouvait s’énerver assez fortement. Dès lors, il lui arrivait de balancer ses jouets en travers de la pièce (Alice en avait gardé une cicatrice à l’arcade sourcilière) ou de déchirer ses vêtements dans son placard. Mais c’était très rare, et, selon les docteurs, c’était dû à son besoin de se dépenser. Lorsqu’il agissait de la sorte, il était puni, et, lorsqu’il finissait par s’excuser, en larmes, Alice lui pardonnait, et il filait droit quelque temps. Jusqu’à la crise suivante. Ces crises avaient cessé le jour où il s’était mis à la natation, sport qu’il pratiquait assidûment trois heures par semaine.

Bien entendu, il ne savait rien des conditions de sa conception et de sa naissance. Alice ne comptait pas lui dire, jamais. Elle savait parfaitement que cela le blesserait inutilement, et qu’il n’avait pas besoin de savoir. Alors lorsqu’il demandait où était son père, elle lui disait qu’il était loin, mais qu’il allait bien, et qu’il pensait à lui. C’était un mensonge, du moins la dernière partie. Mais c’était un joli mensonge. Un de ceux qu’on préfère à la vérité.

Elle soupira et se mit au volant de la voiture, avant de se plonger avec délectation dans la circulation dense de Tokyo. Depuis le temps qu’elle n’y était pas revenue, la ville lui avait énormément manqué. Toutes ses lumières, tous ses néons clignotaient, semblant lui souhaiter la bienvenue. Plus brillantes que les étoiles, plus brillantes que la lune… Les lumières citadines. L’une des choses qu’elle préférait en ce bas monde.

Elle se gara au parking en bas de chez sa meilleure amie, à qui elle rendait visite, et réveilla une seconde fois son fils. Cette fois-ci, il paraissait un peu reposé, et ses petits yeux couleur chocolat clignaient pour faire la mise au point.

 

-Woah maman ! On est au Japon ?

-Ouaip chéri. Depuis une bonne heure maintenant. (Elle sourit tendrement et passa la main dans les cheveux blond foncé de son fils) Tu vas pouvoir utiliser ta seconde langue avec quelqu’un d’autre que moi.

 

Parlant couramment le Japonais, elle l’avait appris à son fils en même temps que le Français, car elle était sûre que cela lui servirait, dans la vie. Lorsqu’ils étaient chez eux, ils parlaient indifféremment dans les deux langues, et Jérémie n’avait aucun accent (contrairement à Alice qui en avait tout de même gardé un petit).

Ils frappèrent chez Etsuko. C’était un immeuble très haut, et elle habitait au septième étage, ce qui lui donnait une vue imprenable sur la ville. La jeune fille leur ouvrit la porte et Alice lui sauta dans les bras avec un plaisir non dissimulé. Cela faisait près d’un an qu’elles ne s’étaient pas vues, et même si elles se téléphonaient trois fois par semaine, elle se manquaient tout de même.

 

-Putain tu m’as manqué salope !

-Ouais ta gueule hein ! Tu crois qu’elle m’a pas manqué, ta sale tête de rousse ? Renchérit Etsuko en riant.

 

Alice prit son fils par la main et lui désigna son amie.

 

-Jérém’, c’est ta marraine. Etsuko.

 

Jérémie esquissa un adorable sourire et salua Etsuko d’une petite courbette à la Japonaise, ce qui la fit grandement rire.

Ils entrèrent dans le bel appartement, qui ne contenait que des meubles superbes et des calligraphies japonaises hors de prix. Avec un petit sifflement, Alice jeta un coup d’œil à l’ensemble, puis se tourna vers son amie.

 

-Bah putain, t’es du genre à péter dans des draps de soie toi, non ?

-Eh ouais ! Qu’est-ce que tu veux… Je suis désormais une célébrité nationale ! Attends, parler quatre langues, ça pose le truc, tu crois pas ?

-Si, c’est pas faux…

-C’est le mot « truc » que t’as pas compris ?

 

Elles éclatèrent de rire et Jérémie les rejoignit rapidement, ravi de voir sa mère aussi heureuse. Il faut bien dire qu’elle ne l’avait pas été depuis bien longtemps. Tant bien que mal, elle jonglait entre son travail de scénariste-dialoguiste, sa vie de famille et sa vie sociale, et s’en sortait plutôt bien ! Mais l’ensemble était proprement épuisant.

 

-Ça va nous faire du bien, les vacances. Hein Jérém’ ?

-Oui ! On va jouer à des jeux vidéo ?

 

Etsuko esquissa un sourire en jaugeant le fils de sa meilleure amie, bras croisés. On ne pouvait nier qu’il lui ressemblait, mais il y avait aussi… Ces lèvres pleines, ce nez un peu épaté, ces yeux délicatement bridés, couleur de chocolat fondu… Qui n’étaient pas sans lui rappeler quelqu’un. Quelqu’un dont elle connaissait le visage par cœur, et pour cause : il avait figuré en poster sur ses murs durant des années.

 

-Tu dois être crevé, mon cœur. (Alice ébouriffa les cheveux de son fils qui bâilla, comme pour confirmer ses dires) Ouais, allez, on va aller faire dodo hein ? Enfin, toi surtout, parce que moi je suis une adulte, j’ai le droit de me coucher tard.

 

L’enfant lui tira la langue, mais ne protesta pas. Avant de le coucher, Alice lui donna une pomme qu’elle avait coupée en petits morceaux, car il n’avait pas mangé depuis de nombreuses heures, puis il se brossa les dents et fila dans les draps qui lui étaient réservés. Dans la chambre d’amis où il dormait avec sa mère, il y avait un lit simple qui était encastré dans le mur et servait en temps normal de canapé, et une banquette aussi large qu’un lit, juste sous la fenêtre. Lorsque l’on était allongé dessus, on avait pour ainsi dire le nez sur la vitre. Cette banquette était réservée à Alice, que les lumières fascinaient.

 

-Bonne nuit mon cœur. Je te rejoindrai bientôt. (Elle sourit) Fais de beaux rêves, petit ange.

-Mais m’man…

-Hm ?

-Tu me chantes pas de chanson ?

 

Etsuko sourit, amusée, mais Alice ouvrit de grands yeux, comme si elle avait oublié.

 

-Mais si ! Qu’est-ce que tu veux que je te chante ?

-« Beth » !

 

La rouquine s’assit au bord du lit de son fils et commença à chantonner, de sa belle voix grave, rendue un peu plus rauque par la cigarette. Dans l’encadrement de la porte, Etsuko, les bras croisés, écoutait sans rien dire, plus ou moins habituée à entendre son amie chanter. Mais cette chanson avait un sens particulier, pour Alice comme pour son fils. C’était l’histoire d’un chanteur de rock, qui disait à sa fille, Beth, qu’il savait qu’elle était triste, et qu’il allait revenir bientôt auprès d’elle. Or, jamais le père de Jérémie ne lui dirait cela.

Bien sûr, l’enfant ne le savait pas. Mais sa mère, elle, avait les yeux larmoyants dès qu’elle chantait cette chanson.

 

« Beth I know you’re lonely,

And I hope you’ll be allright,

‘Cause me and the boys will be playing

All night… »

 

La voix d’Alice s’érailla puis s’éteignit, tandis que son fils se laissait doucement gagner par la torpeur du sommeil. Elle l’embrassa sur le front, tendrement, en cachant ses larmes, et sortit de la chambre.

 

-Eh, Alice, tu commences pas à déprimer hein ?

-C’est plus fort que moi… Cette ville, ces lumières… (Alice renifla doucement, une main posée sur la vitre de la fenêtre du salon, regardant la nuit qui était tombée) J’ai eu l’impression de le voir partout aujourd’hui. C’était affreux.

-Je sais. Je comprends.

 

Soudain, le téléphone d’Etsuko se mit à sonner, et toutes deux se figèrent. La sonnerie, c’était « Cassis ». Une de LEURS chansons. La préférée d’Alice.

La rouquine se tourna lentement et regarda le petit appareil qui vibrait et sonnait sur la table du salon, tandis qu’Etsuko, figée, n’osait même pas aller répondre.

 

-Euh…

-J’avais presque oublié… (Alice souriait, mais son sourire sonnait faux) … le son de sa guitare dans « Cassis ».

-Alice… (La brunette trouva enfin la force d’aller poser la main sur l’épaule de son amie, en décrochant le téléphone au passage) Allô ? Ah, salut… (Un temps) Euh nan, là c’est tendu, j’ai des invités. (Un autre temps, l’autre semblait plutôt bavard, et Alice regarda son amie, curieuse) Mais non, Ruwa, tu…

 

Un silence pesant succéda à ce prénom, ou plutôt ce surnom affectueux, qu’Alice avait pris comme une flèche en plein cœur.

 

-Ruwa, je te rappelle. (Elle raccrocha) Alice, c’est LUI qui nous avait présentés, tu te souviens ? Tu sais bien que je peux pas résister à Uruha, c’est comme foutre un affamé devant un buffet à volonté et lui dire de ne rien manger.

-Jolie l’image, chuchota Alice, acide. T’aurais pu me prévenir.

-Ouais, j’aurais pu, mais tu serais pas venue. (Etsuko fronça les sourcils et secoua la tête) Il fallait qu’on se voie, et il fallait que Jérémie voie son pays d’origine. C’était plus que vital, Arisu. Sérieux, tu m’en veux ?

 

Alice s’assit sur le rebord de la fenêtre et s’alluma une cigarette. L’odeur du tabac mentholé emplit toute la pièce, et, pour éviter de la regarder, Etsuko alla chercher dans un tiroir son propre paquet.

 

-Bien sûr que non, je ne t’en veux pas. Et Uruha peut venir ici, ça ne me dérange pas. Tant qu’Aoi ne sait pas que je suis là…

 

La brunette poussa un discret soupir de soulagement. Deux semaines sans voir son cher amant, ç’aurait été plus que compliqué. Totalement invivable, à vrai dire.

 

-Ne t’inquiète pas, Uruha ne dira rien. Il a promis. Et si ça lui échappe, je lui destroy la gueule.

 

Cela eut au moins le mérite de faire sourire Alice, qui perdait son regard dans les étoiles en pensant à Aoi. Où était-il ? Que faisait-il ? Pensait-il parfois à elle ? Avait-il toujours ce rire, si peu discret, qui la faisait, elle aussi, mourir de rire ? En y repensant, elle reconnaissait volontiers que les deux semaines qu’elle avait passées à le côtoyer avaient été les meilleures et les pires de sa vie.

 

-Mais par contre, genre t’as gardé contact avec Kai non ?

-Ouais. (Alice souffla un petit nuage de fumée) On parle beaucoup. Il ne l’a pas dit à Aoi. On s’était très bien entendu, ç’aurait été con de gâcher ça.

-Si tu veux, il peut venir lui aussi. Genre demain. Ou même ce soir.

-Je sais pas. Qu’Uruha lui propose discrètement. S’il a envie, il viendra.

-Ça marche.

 

Etsuko changea de pièce pour téléphoner et Alice se perdit à nouveau dans la contemplation de la ville.

Quelques minutes après, elle revint, les yeux brillants, visiblement ravie. Alice se doutait, rien qu’en la voyant arriver, qu’Uruha et Kai venaient tous les deux.

 

-Ils arrivent quand ?

-D’ici une demi-heure. Le temps de venir quoi, l’appartement est vraiment pas loin de là où ils vivent tous. (Alice sursauta et Etsuko maudit son impossibilité à réfléchir avant de parler) Désolée. Mais Aoi ne sait pas que tu es là, et il ne saura pas.

-J’espère bien… À la limite, le revoir ça me donnerait juste envie de lui botter le cul, mais je refuse qu’il voie Jérémie.

-Il n’est pas au courant non plus de ta grossesse, Kai a gardé le secret. Je l’ai eu au téléphone, juste après Uruha.

-Kai ?

-Non, Aoi.

 

Alice déglutit avec difficulté.

 

-Comment tu sais qu’il n’est pas au courant alors ?

-Il m’a parlé de toi. (Les yeux d’Alice s’écarquillèrent encore plus) Il m’a demandé de tes nouvelles, mais pas des nouvelles de Jérémie. Donc il ne sait pas.

-Bon, ça va, on est sauvés…

 

Etsuko esquissa un sourire. Le temps que les garçons arrivent, elles parlèrent de tout et de rien, en évitant consciencieusement le sujet « Aoi », et c’est comme ça que la brunette apprit que son amie avait supprimé tout ce qui avait trait à Gazette de son ordinateur et de son iPhone.

 

-Je ne voulais pas que Jérémie tombe dessus et apprécie, se justifia Alice en détournant les yeux.

 

Ce qu’elle taisait, et qu’Etsuko lisait dans ses yeux fuyants, c’était que ça lui manquait. Ça lui manquait atrocement, de beugler les paroles d’« Agony » devant son ordinateur, en secouant la tête dans tous les sens et en faisant comme si c’était elle la chanteuse, et qu’elle était sur scène, devant des milliers de personnes.

 

-Déjà, un jour, il a trouvé ma guitare, tu sais ? Le vieux machin que j’avais acheté au Japon justement, et dont je n’ai pas pu me séparer. Il devait avoir quatre ans.

-Et ?

-Il s’est installé par terre et a commencé à pincer les cordes, au hasard. Sa position était parfaite. Je lui ai arrachée des mains, et je l’ai planquée.

-Tu ne veux pas voir l’évidence, n’est-ce pas ? Que ton fils pourrait devenir un grand guitariste, avec deux parents pour qui la musique est essentielle.

-Je ne veux pas qu’il devienne guitariste. J’ai déjà suffisamment de mal à le regarder lorsque, à certains moments, il prend une expression typique d’Aoi, alors…

 

On frappa à la porte, et Etsuko alla ouvrir. C’était Uruha et Kai, tous deux avec la capuche sur la tête et des lunettes de soleil (même s’il faisait nuit). Le premier se jeta dans les bras d’Etsuko et lui roula la plus grosse pelle qu’Alice aie jamais vue (ce qui la fit beaucoup rire). Quant au second, il contourna le couple et alla prendre dans ses bras son amie la rouquine, en la serrant le plus fort qu’il pouvait, si bien qu’elle eut peur qu’il se casse en deux.

 

-Tu m’as manqué…

-Toi aussi tu m’as manqué Kai. (Elle sourit) Tu sens toujours aussi bon.

 

Il sourit à son tour et plongea les yeux dans ceux d’Alice, avant d’écarter une mèche rebelle qui l’empêchait de bien la voir.

 

-T’es belle. Tu t’es embellie, en cinq ans. T’étais déjà jolie à la base, mais là…

-Chuuuut, arrête de dire des mensonges.

 

Cela lui faisait du bien de voir, et de sentir Kai près d’elle. Lorsqu’elle avait rencontré le groupe, cinq ans auparavant, ils s’étaient tout de suite appréciés, et cela avait continué tandis qu’ils parlaient, grâce à leurs portables. Kai avait suivi de près la grossesse chaotique d’Alice, sans dire un mot à Aoi. Et même si le secret lui pesait, il le gardait.

Pourquoi chaotique, vous demanderez-vous ? Eh bien parce qu’Alice avait découvert très tard qu’elle était enceinte. Ayant fait un déni de grossesse, elle était déjà à quatre mois et demi lorsqu’elle avait fini par se demander si quelque chose ne clochait pas. Dès lors, il lui était impossible de faire marche arrière ou d’avorter. Elle avait bien pensé à accoucher sous X, ou à faire adopter l’enfant, mais elle ne parvenait pas à se résoudre à ces extrémités. C’était SON enfant, et celui d’Aoi. Dès qu’elle avait commencé à le sentir, en elle, elle avait ressenti avec force cette espèce de lien qui la liait à ce petit individu. Oh, elle savait bien que ça serait difficile. Elle avait à peine dix-huit ans, et n’avait pas fini ses études. Mais elle savait aussi que cela en vaudrait la peine.

Alors, vaille que vaille, elle avait élevé son fils et fait ses études. Elle avait fait deux ans de Japonais, à la fac, puis trois ans de formation de Game Designer/Scénariste-Dialoguiste dans une école de renom, à Paris. Et ce, tout en élevant son fils, qui n’avait jamais manqué de rien, grâce à l’aide de ses parents, qui l’avaient soutenue jusqu’au bout. Depuis peu, elle travaillait dans une petite boîte de création de jeux vidéo, en tant que scénariste. Cependant cela pouvait changer, car elle avait posé sa candidature à Ubisoft France, et qu’ils avaient dit qu’ils l’examinaient avec attention. Elle attendait une réponse dans le courant de la semaine, mais était presque certaine d’être prise. Son CV n’avait aucune faille, et l’entretien qu’elle avait passé avec le sous-directeur de la filiale française n’avait fait que renforcer leur idée, à savoir qu’Alice était précisément la personne qu’il leur fallait. Le fait qu’ils acceptent cordialement en lui téléphonant n’était donc plus ou moins qu’une formalité : elle était sûre qu’ils la prendraient. Mais, sachant que cela portait malheur de tirer des plans sur la comète, elle préférait ne rien dire, ni à ses parents, ni à Jérémie, ni à Etsuko, tant que rien n’était fait.

 

-On a dit à Ruki où on allait, et il voulait venir aussi, mais on se doutait bien que trois chez Etsuko ça ferait suspect, et qu’Aoi voudrait s’incruster, chuchota le batteur, avant de caresser la joue de son amie qui avait frémit en entendant le nom d’Aoi. Donc Ruki viendra demain. Ça ne te dérange pas ? Uruha dort ici, moi je vais sans doute rentrer quand on sera fatigués, et demain notre chanteur te rend visite.

-Pourquoi est-ce qu’il veut me voir ? On s’est appelés beaucoup plus rarement, lui et moi, que toi et moi.

-Il a entendu que tu avais bazardé tout ce que tu avais et qui avait trait à Gazette, alors il veut te chanter une petite chanson. (Les yeux d’Alice se mirent à briller et Kai l’embrassa sur la joue) Ne panique pas, ma belle. Ça n’est pas pour te faire du mal, seulement pour que tu te souvienne.

-Je me souviens, Kai… (Elle leva les yeux vers lui et reprit une expression neutre) Mais dis-moi, tu es devenu vachement tactile, on dirait !

-Oh je l’étais déjà pas mal avant, mais à ton contact ça a empiré, confessa Kai avec un petit sourire. Et puis en plus toi tu n’es pas japonaise, et tu aimes le contact, alors je peux te faire des câlins comme je veux.

 

Sur ces mots, il se jeta dans les bras d’Alice qui sourit, attendrie, et le pressa fortement contre elle.

 

-Tu m’as tellement manqué, Kai… T’étais sans doute le seul, mis à part Aoi, auquel j’ai pensé chaque jour depuis mon départ…

-Y avait pas un jour où l’on ne s’envoyait pas de texto, en même temps, sourit-il.

-Pas faux.

-Mais tu ressens quoi, au juste, pour Aoi ? Je veux dire, là, actuellement.

 

Alice tourna et retourna la question dans sa tête pour trouver une réponse, tout en s’allumant une autre cigarette avant d’en proposer une à Kai.

 

-Je sais même pas. Si je pense à lui, ça me met en colère, mais… Non, je n’ai aucune idée de ce que je ressens pour lui. Sans doute une froide indifférence.

 

Derrière un nuage de fumée, Kai la regarda avec circonspection. De l’indifférence ? Non, ça n’était pas ça, et il le voyait bien. Il voyait que la fragile Alice retomberait dans les bras du guitariste si jamais il daignait ne serait-ce que lui adresser la parole. Et le batteur n’osait même pas imaginer ce qui se passerait s’il l’embrassait, ou découvrait qu’ils avaient un fils. Il était certain qu’Aoi se mettrait à jouer les Roméo éperdu, et qu’Alice se laisserait glisser avec délectation dans le piège. Et ça, ça ne pouvait pas arriver.

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