Chapitre 1

 

Prologue :

 

Reita soupira et tira une nouvelle taffe sur la cigarette de Ruki. Il devait arrêter de réfléchir. Réfléchir avec une gueule de bois, ça n’était pas une bonne idée. Tout ce qu’il voulait c’était dormir un peu. Mais avec le boucan que faisait Kai, qui n’avait rien trouvé de mieux que se mettre à la batterie, dédaignant l’état de son ami, c’était peine perdue.

 

-Pitié, Kai, gémit le bassiste.

-Ouais ! Reita ouvre la bouche ! Se réjouit Uruha en riant.

 

Reita serra les dents, ravalant le « ta gueule » qui lui brûlait la langue. Mais Kai finit par arrêter de jouer et le bassiste retourna à son état végétatif. Rendant sa cigarette à Ruki, il se remit à penser à ce qu’il voulait oublier. En croisant le regard moqueur d’Aoi, tout lui revint brusquement en mémoire et il ferma les yeux. Oui il avait avoué. Il avait tout dit à Aoi. Tout ce qu’il s’était efforcé de refouler depuis des mois, il avait tout sorti d’un coup, au mépris de sa fierté. Forcément, l’alcool avait pas mal aidé mais le lendemain il se sentait tellement ridicule. Pourquoi avait il bu autant ? Pour oublier ?

Et pourquoi avait il bu avec LUI ? Il sentit une main compatissante se poser sur son épaule et n’eut pas besoin d’ouvrir les yeux pour savoir que c’était Ruki. Il savait tout, depuis le début. Forcément, Reita avait été obligé de tout lui expliquer le jour où le chanteur l’avait trouvé en larmes, caché dans la cuisine de son appartement. Pour la discrétion c’était raté...

 

-T’as pas de bol, mon pauvre vieux… souffla le blond à son oreille.

-Merci, j’avais remarqué, soupira-t-il.

 

Il se força à ouvrir les yeux, tout en s’efforçant de ne pas recroiser le regard du guitariste craignant de se mettre à pleurer si ça arrivait. Dire qu’il ne s’était même pas moqué de lui. Il n’avait pas ri. C’est maintenant qu’il se vengeait. En plus, Uruha le soutenait.

Reita frotta ses yeux déjà rouges et s’affala directement au sol.

 

« Vive la gueule de bois… »

 

 

P.O.V Aoi.

 

«Mais où il va là ? Qu’est ce qu’il va foutre sur le toit ?»

 

Je me dirige vers Reita dans l’espoir de l’arrêter, mais Uruha me retient.

 

-Ça ne te concerne pas.

-Oh que si. Et bien plus que tu ne le crois.

 

Je monte à la suite de notre bassiste, me faisant tout petit et me cachant dans l’ombre. Evidemment, je sais parfaitement ce qu’il a. Je sais qu’il souffre. Je l’ai bien assez charrié avec ça. Mais la vérité est que je m’inquiète pour lui et, de plus, je me sens responsable.

Lorsqu’il m’a avoué ses sentiments, je n’ai pas su comment réagir. J’ai d’abord pensé qu’il était bourré et qu’il ne le pensait pas. Mais il semble que l’alcool l’ait seulement aidé à me parler. Apparemment, il cachait ses sentiments depuis des mois.

 

-Je suis un vrai salopard... je murmure, pour moi-même.

-Je ne te le fais pas dire...

 

La voix provient de derrière mon dos. Étrange. Reita est devant moi pourtant. Je me retourne et tombe face à face avec un Uruha, visiblement assez en colère.

 

-Uru ? Un problème ?

-Tu n’as donc rien remarqué, pauvre imbécile ?

-Remarqué ?

 

Je lève un sourcil interrogateur, Uruha prend l’air exaspéré.

 

-Tu es un idiot, Aoi.

-Attends, explique-toi, s’il te plait.

-Il est amoureux de toi !

-Pardon ?

-Excuse-moi, mais ça crève les yeux ! Et toi tu continues à te foutre de sa gueule ! Tu es pathétique !

-Tu te prends pour qui là exactement ? Toi aussi tu te moque de lui je te signale !

-Oui mais c’est pas de moi qu’il est amoureux, crétin ! C’est de toi ! Laisse-moi en dehors de ça !

 

 

P.O.V Uruha

 

Espèce de pauvre con ! Je souffre ! Je souffre bordel ! Tout ça par sa faute à l’autre blondinette ! Oui Aoi ! Celui que tu envoies chier ! Je sais qu’il t’aime et que tu vas finir dans son lit ! Tu mérites tellement mieux, crétin. Tu mérites quelqu’un comme moi ! Viens dans mes bras.

Je sens les larmes qui menacent d’échapper à mon contrôle mais je les refoule tant bien que mal.

 

-Fais souffrir une personne à la fois, s’il te plait.

-Je ne vois pas qui je fais souffrir, à part Reita.

 

Moi.

 

-Je me comprends... je grogne, en croisant les bras.

 

Puis je monte les escaliers, bousculant Aoi, profitant de notre contact furtif qui fait monter en moi un frisson des plus agréables avant de rejoindre Reita qui fume une cigarette, cheveux au vent.

 

-Ça va, blondinette ?

-Mmhf.

-Tu es amoureux d’Aoi, pas vrai ?

 

Reita tourne vers moi ses yeux rougis par la fatigue et emplis de larmes à cause du vent, l’air étonné.

 

-Quoi ?

-je crois que t’as compris, dis-je en m’approchant et en m’adossant au muret qui entoure le toit.

 

Il baisse le ton, prenant des airs de conspirateur, tandis que je me maudis.

 

-Comment tu le sais ?

-J’ai deviné. L’instinct, tu sais.

 

Je me hais.

 

-Et...tu vas lui dire ?

-Déjà fait, je souris, en allumant une cigarette, chipant le briquet de ma copine blondinette.

 

Il pâlit et mon sourire devient démoniaque. Oui, souffre, connard !

 

-De toute façon, hier je me suis bourré la gueule et je lui ai tout avoué, soupire-t-il, penaud, tirant une dernière taffe avant d’éteindre sa cigarette sous sa chaussure.

 

Damned.

 

-Tant mieux. Je ne voudrais pas que tu souffre à cause de moi, je le raille.

-Est-ce que tu me détestes, Uruha ?

-Oui.

-Pourquoi ?

 

Il s’assoit sur le muret. Je meurs d’envie de le pousser dans le vide.

 

-Parce que tu vas finir avec Aoi.

-Uru ! Tu l’aimes toi aussi ! C’est ça ?!

 

Comment peux-tu adopter ce ton moralisateur ? Tu vas voir, tu vas en chier, blondinette !

 

 

Je ne vois pas mes mains le pousser, je ne le vois pas tomber. Je ne réalise qu’après que je l’ai fait :

 

J’ai poussé Reita du haut de deux étages...

 

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