Chapitre 6 (Il y a la haine...)

Chapitre 6 : Génésis, Merill, et la douleur.

 

 

Lorsqu’il sortit de la tente, les deux Soldats avaient disparu, et la nuit était tombée. Le ciel était lourd et chargé, il allait neiger, il était prêt à y mettre sa main à couper. Or, le campement précaire, les tentes en toile, risquaient de ne pas résister bien longtemps.

Boitillant lamentablement, il s’approcha de la tente de Reno. Celui-ci était assis sur le sol, juste devant, et regardait le ciel avec appréhension.

 

-S’il neige, on va devoir rentrer, Boss, dit-il avec une emphase qui fit sourire Tseng.

-On ne peut pas. Il faut trouver l’origine de ces invocations à tout prix, et détruire la source, au lieu de s’acharner à combattre contre du vent. Ce soir, je partirai en reconnaissance à Nibelheim, et j’espionnerai à droite et à gauche, histoire d’en savoir plus.

 

Reno leva la tête vers lui, une étincelle d’inquiétude traversa ses beaux yeux d’aigue-marine.

 

-Dans votre état ? Ce n’est pas une bonne idée.

-Je ne t’ai pas demandé ton avis, répondit sèchement Tseng.

 

Sur ces mots, il retourna à sa tente afin de s’y habiller d’un costume basique. Il savait au plus profond de lui que Reno avait raison, et se demandait avec qui il pourrait bien partir au village. Il avait besoin de la protection d’un Soldat, c’était certain, mais les seuls qui auraient pu le suivre sans discuter étaient Zack et son ami postulant. Or, s’il les embringuait dans une mission de ce genre, Sephiroth le tuerait.

Le chef des Turks esquissa un sourire à cette pensée. Oui, ça promettait d’être intéressant, s’il décidait de prendre Zack et Cloud.

Alors qu’il réfléchissait intensément, Zack entra dans la tente.

 

-On a trouvé une sorte de « pont » rocheux, sous lequel on pourrait mettre les tentes pour éviter qu’elles ne prennent trop la neige.

-Il est suffisamment large pour toutes les abriter ?

 

Zack acquiesça, et Tseng se releva, ramassant son sac d’un geste machinal.

 

-Alors qu’est-ce qu’on attend ?

-Ben… en fait, c’est toi qu’on attendait. Les Soldats ont déjà commencé à rassembler leurs tentes et à les installer. Il ne reste plus que celles des Turks.

 

Tseng soupira et sortit de sa tente.

 

-Démonte-la pour moi, s’il te plait. (Zack acquiesça) Je vais rassembler mes Turks et leur donner mes ordres. Oh, et j’aurai besoin de te parler, après.

-D’accord, je te rejoindrai.

 

Le Utaïen esquissa un embryon de sourire à l’attention du jeune Soldat et alla vers ses hommes, qui étaient, pour la plupart, dans leurs tentes.

 

Une fois que tous les Turks eurent déménagé, Zack rejoignit Tseng sur un rocher où il s’était assis. Ensemble, ils regardèrent les premiers flocons tomber.

Le cœur de Tseng était serré. La neige qui commençait à tenir au sol glacé avait précisément la couleur des cheveux de Sephiroth. Penser au Général de cette façon lui faisait toujours mal aux tripes, comme si quelqu’un les enroulait autour d’une fourchette.

 

-Quelque chose ne va pas, Tseng ? Demanda Zack en remarquant son expression torturée.

-Ne t’inquiète pas. (Le Turk se tourna vers le jeune Soldat) J’ai besoin de toi, et du postulant Strife, pour aller enquêter sur la source des invocations, à Nibelheim.

-Pourquoi nous ?

-J’ai besoin de deux Soldats, et il n’y a qu’en toi que j’ai suffisamment confiance. Et Strife parce que… Eh bien, parce qu’il m’en faut deux.

 

Zack fit mine de réfléchir, mais Tseng savait très bien qu’il accepterait, ce qu’il fit quelques secondes plus tard.

 

-Pas de problème, on viendra. Tu veux partir quand ?

-Quand la nuit sera tombée, histoire de profiter de l’activité nocturne de Nibelheim. En ce moment, à cause des fêtes de l’Hiver, il y a toujours du monde dans les rues, le soir. On pourra avancer sans se faire remarquer, et interroger les gens, histoire de recueillir des informations à chaud.

-Bonne idée, tu es un fin stratège, Tseng.

-Ça fait partie de mon boulot de Turk, voilà tout.

 

Tseng se détourna et détacha sa queue-de-cheval pour la refaire, la serrant correctement et lissant ses cheveux sur le dessus, pour avoir une apparence impeccable. De loin, il remarqua que Reno l’observait avec attention et une certaine inquiétude, derrière la fumée d’une de ses fameuses cigarettes blondes.

 

-Le rouquin te lâche pas du regard, depuis une demi-heure.

-Il s’inquiète de me voir partir en reconnaissance dans cet état, répondit Tseng avec un brin d’ironie en désignant son genou et son épaule d’un geste ample.

-On te protègera !

-C’est bien pour ça que je vous emmène ! Rétorqua Tseng avec un petit sourire narquois.

-Oui, ben si tu continues on va te laisser te démerder avec les invocations et leur maître, et t’auras l’air malin.

-Et vous auriez raison de le faire !

 

Celui qui venait de parler esquissa un sourire et Tseng dut se mordre la lèvre pour ne pas l’invectiver abondamment. Sephiroth se dressait de toute sa hauteur, torse nu et en pantalon de cuir, comme s’il ne craignait pas le froid, et le regardait méchamment.

 

-Général Sephiroth, salua posément Zack en saluant, soudain très raide.

-Zack, tu ne devrais pas y aller.

-Avec tout le respect que je vous dois… Oh ! et puis merde, Angeal m’en voudra, mais c’est pas vos oignons !

 

Sephiroth eut l’air choqué et Tseng s’efforça de ne pas rire sous cape, dissimulant son ricanement sous un toussotement qui lui donnait l’air affligé.

 

-Qu’est ce qu’il te prend de me parler comme ça ?

-Laisse, Sephiroth, chuchota Tseng, la voix cassée à force de se retenir de rire. Les jeunes d’aujourd’hui, tu sais…

 

Il ne vit pas venir la main qui se referma sur sa gorge et serra à l’étouffer.

 

-Toi, je ne t’ai pas demandé ton avis… Souffla le Général entre ses dents.

-Je… ne t’avais pas demandé de l’ouvrir non plus… tout à l’heure dans la tente… Articula Tseng, dont la voix n’était qu’un faible sifflement.

 

Ses mains se refermèrent sur le bras qui semblait de marbre au bout duquel se trouvait la main qui l’étranglait, mais c’était peine perdue : il allait crever là.

Du moins, c’était ce qu’il croyait. Mais Zack était allé chercher quelqu’un. Quelqu’un qui pourrait contrer Sephiroth, ce qui n’était pas son cas.

Et alors que le Général aux cheveux argentés soulevait le Turk du rocher sur lequel il était assis, à la seule force de son bras, un bruit de pas se fit entendre derrière lui, et une main se posa sur son épaule.

 

-Génésis… Chuchota Sephiroth entre ses dents en reconnaissant le parfum de l’arrivant.

-Allons, Seph… Cherche plutôt un adversaire à ta hauteur…

 

Tseng émit un petit son étouffé et Sephiroth le lâcha sur le sol rocheux.

 

-Tu as raison. Il n’en vaut même pas la peine.

 

Le Utaïen, qui était tombé sur son genou blessé, se tordait de douleur sur les graviers, les yeux fixés sur la neige qui tournoyait lentement, indifférente à la scène qui se jouait sous ses yeux.

Sephiroth partit en direction de sa tente, talonné par Zack qui allait sans doute raconter ce qu’il venait de se passer à Angeal. Génésis se pencha en avant et saisit les avant-bras du Turk, le relevant sans brusquerie pour le reposer sur le rocher.

 

-Désolé, ça n’était pas contre vous, ma remarque.

-J’ai bien compris… Mph… Gémit Tseng entre ses dents.

-Il faudrait peut-être faire examiner ce genou, releva Génésis en croisant les bras, un sourcil levé.

-C’est déjà fait, il vient juste d’être recousu. Enfin, il venait de l’être, mais avec cette chute, je suppose que mes points ont sauté.

-Je peux jeter un œil ?

-Allez-y, de toute façon je crois que ça ne peut pas être pire, soupira Tseng en relevant la jambe de son pantalon, une grimace de douleur sur le visage.

 

Le Capitaine se pencha sur la blessure et chaussa de petites lunettes ovales qui lui donnaient l’air d’un intellectuel. Tseng ne put s’empêcher d’esquisser un sourire. Dans cette position, il avait l’air d’un enfant qui était tombé et à qui on s’apprêtait à mettre du Mercurochrome et un petit pansement. La principale douleur n’était pourtant pas là. Le Capitaine Rhapsodos savait-il aussi bander les cœurs ?

 

-Les points ont tenu, je ne sais par quel miracle. L’infirmier qui s’est occupé de vous était doué, aucun doute là-dessus. Mais je devine que là n’est pas votre blessure la plus grave, je me trompe ?

-Malheureusement, vous avez raison, Capitaine.

 

Génésis déplia tout doucement la jambe de Tseng, ses belles mains fines s’attardant sur la peau douce du Turk, qui le remarqua et sourit tranquillement. Il sentait presque les yeux de Sephiroth qui le transperçaient, de l’intérieur de sa tente. Eh, bien ! Il allait devoir s’y faire. Les autres protégeaient Tseng, c’était comme cela. Les faibles attiraient toujours plus de pitié que les mauvais. Cela semblait logique. Et dans cette situation, Tseng était le faible, le maltraité, le désespéré, et Sephiroth était le mauvais, le tortionnaire.

Alors que ce soit Reno, Zack, Génésis, et même Angeal, tous le protégeaient.

 

-Puis-je faire quelque chose pour cette profonde plaie ? Demanda Génésis en accrochant son regard vert aux ténèbres des yeux de Tseng.

-Seriez-vous médecin, Capitaine Rhapsodos ?

-À mes heures perdues, cela m’arrive.

 

Le sourire de Génésis était délicieusement amusé. Apparemment, provoquer Sephiroth était son passe-temps favori.

Tseng redescendit son pantalon sur sa blessure. Le Capitaine attendait visiblement une réponse, et le faire languir était très drôle. Presque autant que de croiser le regard noir de Sephiroth, qui ne les quittait pas des yeux.

 

-Eh bien… Si vous le dites, je vous crois. Puis-je profiter de vos talents ?

 

L’espace d’un instant, la victoire se lut sur le visage du bel homme aux cheveux de cuivre. Puis il se reprit et toussota.

 

-Venez donc à ma tente, ce soir, après votre mission d’espionnage. J’essaierai de mon mieux de panser vos blessures, même si je sais bien que les plaies purulentes ne se referment malheureusement pas en pensant à autre chose. Croyez-moi, je suis bien placé pour le savoir.

 

Tseng esquissa un sourire et acquiesça. Comme tout le monde à Midgar, il avait entendu parler des déboires amoureux du Capitaine Rhapsodos.

 

-J’y serai, sans faute.

 

Puis il se leva, claudiqua un moment puis posa prudemment le pied par terre et rejoignit Zack et Cloud qui l’attendaient, au garde-à-vous, devant la tente du dernier.

 

-Vous êtes prêts ?

 

Ils acquiescèrent dans un mouvement parfait et Tseng fit un petit salut militaire ironique avant de commencer à boiter en direction du village.

 

-Attendez ! Monsieur le Turk !

 

Le Turk en question se tourna. Le postulant qui l’avait soigné courait vers lui, une béquille à la main.

 

-J’ai vu que vous étiez tombé sur votre genou, et j’ai pensé qu’elle pourrait vous servir. (Il la lui tendit avec un petit sourire) Elle n’est plus toute jeune, alors faites attention tout de même.

-Merci beaucoup, je vous suis reconnaissant. Je me voyais déjà boiter dans tout Nibelheim. (Le postulant eut un petit rire) Vous vous destinez à une carrière de médecin militaire ? Le Capitaine Rhapsodos a dit que vos points étaient parfaits.

-Eh bien… Oui en effet, je suis plus un scientifique qu’un homme de terrain, Monsieur, déclara avec emphase le jeune homme en se passant la main dans les cheveux, presque gêné.

-Et quel est votre nom, jeune homme ? Que je m’en souvienne, si j’ai un problème de santé, un jour.

-Merill*, Monsieur. Je m’appelle Merill.

-Eh bien, Merill, je vous dois une fière chandelle.

 

Merill s’inclina brièvement, souriant toujours, puis porta la main à son front dans un embryon de salut militaire et s’en retourna au pas de course vers la tente infirmerie.

Tseng prit la béquille et fit signe à ses deux acolytes qu’ils pouvaient se remettre en marche.

 

 

* Le prénom "Merill" est utilisé dans la fic "Prière de rendre l'âme à qui elle appartient" de Shiva Rajah. Il s'agit alors de l'assistant de Shalua. C'est une sorte d'auto clin d'oeil xD.

 

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