Chapitre 9

-Parfait ? Rien que ça ?

 

Hayner étendit ses jambes dans l’herbe et souffla un nuage de fumée. Il était allongé devant le lycée, là où il avait l’habitude de retrouver ses amis pour une petite cigarette avant de retourner en cours. Mais, pour une fois, il était seul, ses deux compagnons étant encore en plein batifolage à Twilight Town. Mais, dans le téléphone qui était collé à son oreille, c’était la voix de Roxas qu’on pouvait entendre.

 

« Ouais, parfait. Il a rien voulu me dire de plus, sauf qu’il a pas du tout eu mal. » (Son ami semblait un brin excédé.) « Et visiblement, même réponse côté argenté. T’en penses quoi ? C’était tellement naze qu’il ose pas nous en parler ? »

-Pas le genre de Sora, et encore moins le genre de Riku. Non, je pense qu’ils ne trouvent tout simplement rien de plus à dire. Et toi ? Paraît qu’Axel et toi…

 

Il laissa sa phrase en suspens, évocateur. Roxas se racla la gorge.

 

« Hm… Ben disons que finalement il n’est pas si détestable que ça. »

-Vous avez baisé ?

« En haut d’une horloge ? Abruti ! »

-Woah, romantique !

« Je vais raccrocher, Hayner… »

-Ok ! On se voit samedi, j’ai hâte !

« Attends ! Et Seifer et toi ? Vous en êtes où ?

 

Au tour de Hayner de soupirer.

 

-Nulle part, en gros. Il hésite tout le temps, ça m’énerve. Et puis, il ne veut pas que ça se sache, et ça je ne peux pas le supporter, tu comprends ? Donc on n’a encore rien fait, et là on s’est encore battus. J’ai super mal à la joue gauche.

« Mon pauvre vieux… Vivement qu’on revienne pour te remonter le moral. »

-C’est ça. Allez, à bientôt !

« A bientôt, Hayner. Profite bien de ta tranquillité tant qu’on n’est pas revenus ! »

 

Hayner raccrocha en souriant, mais des larmes emplissaient ses beaux yeux chocolat. Sans Roxas et Sora, il se sentait plus que démuni. Surtout dans une situation pareille. Il aimait Seifer, et était certain de la réciprocité de son sentiment, mais l’autre ne lui montrait jamais, se contentant d’une froide affection, sans aucune passion, et avec presque aucune tendresse. Où était passé l’amour passionnel des premiers jours ? Actuellement, ils ressemblaient à un vieux couple de personnes âgées qui se toléraient parce qu’ils avaient la flemme de divorcer mais ne se parlaient que pour se disputer.

Il écrasa sa cigarette et s’assit en tailleur pour essuyer les larmes qui ne cessaient de couler depuis le début de la conversation avec Roxas. Il les avait cachées comme il avait pu, au téléphone, mais Roxas n’était pas dupe, et il était sûr que ses efforts avaient été vains.

 

-Hayner ? Qu’est-ce que tu fais là ?

 

La voix de Seifer. Le plus jeune remonta les cuisses contre sa poitrine et les entoura de ses bras, posant son front sur ses genoux.

 

-Je téléphonais à Rox, dit-il d’une petite voix, espérant que Seifer ne remarquerait pas qu’il pleurait.

-Ça n’a pas l’air d’aller…

 

Le grand blond lissa les cheveux qui dépassaient de son bonnet, un tic qu’il avait lorsqu’il était gêné, et s’assit près de Hayner.

 

-Tu pleures…

-Non…

-C’était pas une question. Hayner, ils te manquent tant que ça ?

-Y a pas que ça, Seifer…

-Alors quoi ?

 

Hayner releva la tête et plongea ses yeux dans ceux de celui qu’il aimait si fort, et qui le lui rendait si peu.

 

-Je me prends à regretter le temps où tu me foutais la tête dans les chiottes.

-Pourquoi ?

 

Seifer était devenu blanc à la mention de ces mois qu’il considérait comme maudits.

 

-Là, au moins, je sentais ta haine. J’étais sûr de tes sentiments. Ça, ça a changé… Je ne suis plus sûr de rien, maintenant… À part de mon amour pour toi…

 

Ses larmes l’étranglèrent, il remit sa tête dans ses genoux pour ne pas que Seifer le voie.

 

-Hayner… (Il passa le bras autour des épaules de celui-ci) Je t’aime ! Comment peux-tu en douter une seule seconde ?

-Mais tu ne veux même pas que les autres le sachent ! Tu ne le montre jamais ! Tu hésites ! Tu ne me désires pas ! Je pourrais me foutre à poil et faire du pole dancing dans ta chambre d’internat, ta queue se lèverait même pas ! (Seifer se mordit la lèvre pour ne pas rire) Tu vois ! Ça t’amuse ! Eh ben moi, cette situation me fait chier. Je t’aime, je veux que la Terre entière sache pour nous deux, qu’on s’embrasse en public, que tu écrive mon nom dans tes tags sur les murs. Pas ce faux amour un jour sur deux, quand t’es pas occupé.

-En gros… T’es entrain de me dire que tu veux qu’on se sépare ?

 

Hayner releva la tête et balança un coup de poing à Seifer.

 

-Putain tu comprends vraiment rien du tout !

-Alors explique-moi, au lieu de me frapper !

-Mais j’essaye, trouduc ! J’essaye, tous les jours ! Et c’est pour ça qu’on se bat ! T’es vraiment trop nul, pourquoi je suis tombé amoureux de toi ?!

 

Et sur ces mots rageurs qu’il ne pensait même pas, le jeune homme se leva et courut à l’intérieur du lycée, escaladant le mur comme s’il s’était agi d’une dune de sable, avec l’agilité d’un chat.

Quant à Seifer, il resta seul avec ses doutes et ses incompréhensions. Seul dans l’herbe, avec pour seul souvenir de celui qu’il aimait, l’odeur du mégot qu’il avait jeté un peu plus tôt.

 

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