Chapitre 8

Roxas ouvrit un œil en entendant du bruit autour de lui, comme des pas et des rires. Il releva la tête. Sora et Riku étaient plantés devant lui, ils se marraient à voix basse. Enfin, basse… Pas assez cependant.

 

-Qu’est ce qui vous fait rire ? Demanda-t-il d’une voix pâteuse.

-« Oh, il me saoule ! Sora, ne me dis pas que je vais devoir passer toute la soirée avec lui ! » Brailla Sora en ricanant et en contrefaisant la voix de Roxas.

 

Roxas se releva légèrement et remarqua qu’il avait étrangement mal au dos. Sa tête, cependant, avait reposé sur quelque chose de doux et de chaud. Jetant un coup d’œil rapide autour de lui, il comprit pourquoi Riku et Sora riaient.

Il avait le dos contre le bord du muret protégeant le haut de l’horloge, et la tête nichée dans le cou d’Axel.

Bizarrement, il ne se souvenait pas de s’être endormi. Il se souvenait qu’ils avaient beaucoup parlé, et beaucoup ri. Oh, et qu’ils s’étaient beaucoup embrassés aussi. Cela expliquait sûrement pourquoi il avait l’impression que ses lèvres avaient pris feu dans son sommeil.

 

-Haha, très drôle. Eh ben, y a que les imbéciles qui changent pas d’avis.

-Comment vous avez fait pour vous endormir là-haut ? Demanda Riku de sa belle voix grave, contenant avec difficulté son hilarité.

 

Roxas haussa les épaules, il n’en savait rien. La nuit était tombée, et il commençait à avoir froid. Il se tourna vers Axel et esquissa un sourire sadique. Il savait comment le réveiller. « On va commencer par la manière douce. »

 

-Axel… Chuchota-t-il.

 

Axel bougea légèrement mais ne sembla pas vouloir se réveiller. « Ok, il l’aura voulu. »

Le blondinet se pencha vers son ami et lui souffla tout doucement dans l’oreille et dans le cou. L’autre sursauta et se leva d’un bond.

 

-Que… !

-Bonjour ! Ou plutôt, bonsoir !

-Roxas, tu vas me le payer !

-C’est ça ouais. Une autre fois, on n’est pas tout seuls.

 

Axel leva les yeux et aperçut Riku et Sora qui lui faisaient coucou, l’air mi-affligés, mi-morts de rire.

 

-Oui oh bon, ça va hein. Tout le monde a le droit de faire une petite sieste.

-On n’a jamais dit le contraire. Mais en haut d’une horloge, tu avoueras que c’est…

-Bizarre, termina Sora dans un éclat de rire.

 

Et les deux amants se marrèrent pendant encore une dizaine de minutes, sous le regard désespéré de leurs deux amis.

Après la petite pause délire, les quatre compères descendirent de la tour. Sora et Roxas se regardaient en biais : Roxas comptait cuisiner son meilleur ami pendant des heures. Il voulait connaître le moindre détail de la rencontre, jusqu’à la marque de préservatifs utilisée. Sora, de son côté, brûlait d’envie de tout raconter à Roxas, et bien sûr à Hayner. Il avait aussi hâte de rentrer, pour revoir ce dernier et lui demander où il en était avec Seifer.

Le petit groupe marcha en discutant de tout et de rien, le long des petites rues de Twilight Town. L’ambiance était à la légèreté. Au détour de la ruelle dans laquelle ils devaient passer pour rejoindre leur hôtel, Axel prit discrètement la main de Roxas dans la sienne. Le blond sursauta et, dans un premier temps, se sentit un peu gêné, mais bientôt ce contact chaud et doux le rassura et il réalisa qu’il se foutait éperdument du regard des autres. D’autant qu’en cet instant, le regard des autres, ça n’était que Riku et Sora, qui étaient trop occupés à se lancer des regards pleins d’amour pour faire attention à eux. Roxas sourit à Axel et entremêla leurs doigts, le rouquin lui renvoya un coup d’œil soulagé. Il avait eu peur du rejet, évidemment. Quand on pensait que quelques heures à peine avant de se retrouver en haut de l’horloge, Roxas haïssait Axel, et qu’on les voyait ainsi, marchant en se tenant la main, on avait du mal à comprendre. Pourquoi ne s’était-il pas aperçu plus tôt de sa violente attirance envers son pseudo ennemi ? Pourquoi en avait-il eu si peur ? La vérité, c’était qu’Axel avait eu raison, un peu plus tôt, en parlant de la lâcheté de Roxas. Celui-ci était incapable de réfléchir en ne pensant qu’à lui-même. Il devait prendre en compte la petite célébrité qui lui servait de meilleur ami, et aussi le regard des autres. Ainsi, chaque action devait commencer par une très longue stratégie, des soirées intenses à peser le pour et le contre, et des pensées contradictoires. Roxas refusait tout bêtement de se laisser aller devant les autres.

Mais devant Axel, il pouvait, désormais. Et c’était ce qui l’effrayait et le rassurait à la fois. C’était pour cela qu’il l’adorait et le craignait. C’était même pour cela qu’il l’avait détesté. Parce que, pour Axel, le regard des autres n’existait pas. Ou du moins, il n’en avait vraiment rien à faire de plaire ou de déplaire, de choquer même. Il avait son look, sa façon de parler, son sourire, et il y en avait qui n’aimaient pas cela, mais il s’en fichait.

La preuve, il avait finalement passé son bras autour de la taille de Roxas, sans rien dire, comme si c’était normal. Roxas esquissa un sourire : il se sentait très bien, tout contre Axel. Et il savait que désormais, assumer plus et sortir de l’ombre serait moins problématique.

 

~

 

Demyx frictionna énergiquement ses cheveux blonds avec une serviette, qu’il étendit ensuite sur le porte-serviette prévu à cet effet. Ils retrouvèrent instantanément leur forme étrange, cette espèce de crête qui le caractérisait, avec ces deux ou trois petites mèches qui en retombaient harmonieusement.

Resserrant son immense drap de bain autour de ses hanches fines, il entra dans la chambre. Marluxia était à la fenêtre. Il contemplait la nuit avec une certaine nostalgie, les traits tirés, une cigarette à la main. Vu la colonne de cendres qui la surmontait, il devait être perdu dans ses pensées.

 

-Marluxia ?

 

Un sursaut fit tomber la cendre et Demyx retint un éclat de rire machinal. Marluxia se tourna vers lui, ses yeux s’écarquillèrent et il détourna immédiatement la tête, comme s’il était gêné.

 

-Tu rêvassais ?

-On dirait bien. (Il tira une latte sur sa clope) T’as fini dans la salle de bains ?

-Ouais.

 

Le grand garçon aux cheveux roses écrasa la cigarette dont il n’avait fumé que deux taffes, et se fit une queue-de-cheval haute. Tout ça sans regarder Demyx.

Celui-ci fronça les sourcils et s’approcha de son ami.

 

-Quelque chose ne va pas ? (Silence radio du côté de son vis-à-vis) Marluxia, je vois bien que t’évites de me regarder.

-Demyx… T’es à moitié à poil…

-Et alors ? (Demyx croisa les bras et fronça les sourcils) Tu vas quand même pas essayer de me faire croire que t’as jamais vu un mec à poil, quand même ?

-Non mais… C’est toi…

 

Désemparé et surpris, Demyx s’assit sur son lit, le visage caché dans ses mains.

 

-Suis-je donc si hideux ?

 

Au tour de Marluxia d’être étonné. Comment Demyx pouvait-il penser une chose pareille ? Ne comprenait-il pas ?

Non, bien sûr que non. Après tout, il ne lui avait jamais expliqué les raisons de sa distance. Le blondinet devait croire qu’il ne l’aimait pas, ou pire, que Marluxia le trouvait dégoûtant.

Prenant sur lui pour ne pas sauter sur Demyx et lui prouver par a+b qu’il n’était en rien dégoûté, Marluxia alla s’asseoir face à son ami et chercha son regard.

 

-Bien sûr que non, Demyx. Tu n’es pas hideux.

-Alors quoi ?

-Je… Je ne peux pas.

-Pourquoi ?

 

Marluxia se mordit la lèvre si fort qu’il saigna.

 

-Je ne veux pas… Je ne peux pas, te traiter comme tous les autres. Quelque chose… Je… Ah, c’est trop dur à expliquer !

 

Lorsqu’il releva les yeux, Demyx était à genoux devant lui. Et visiblement, la serviette, elle, était restée sur le lit. Les joues de Marluxia prirent exactement la teinte de ses cheveux.

 

-Demyx… Je ne veux pas, tu es le seul à qui je ne veux pas faire de mal, tu comprends ?

-Non. (Le blondinet leva la main et caressa doucement le bras de Marluxia) Pourquoi est-ce que tu voudrais me préserver, moi, plutôt qu’un autre ? Tu n’as pas ce genre de scrupules, d’habitude ! Tu as volé sa virginité à Riku, et il n’est pas le seul que tu as traité de la sorte.

-Justement ! Toi je ne peux pas. Quelque chose, là, (Il montra son cœur) m’en empêche.

-Et si tu arrêtais de te prendre la tête ? (Demyx sourit) Il est possible d’écouter son cœur et sa bite en même temps, Marluxia. Il suffit d’être doux, prévenant envers la personne avec qui tu couches. De lui montrer, par des caresses, par des mots, de lui prouver, qu’il, ou elle, n’est pas pareil que les autres, pour toi.

 

Les yeux de Marluxia s’éclairèrent, comme si tout prenait soudain un sens.

 

-Tu… Tu me montrerais, Demyx ?

 

Demyx esquissa un sourire encore plus grand. Lui qui avait cru répugner Marluxia, c’était en fait tout le contraire. Et apparemment, le garçon aux cheveux roses le réalisait en même temps que lui.

 

-Avec plaisir.

 

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