Chapitre 5

-Roxas, tu peux me passer ton bleu s’il te plaît ?

 

Roxas se tourna légèrement et tendit son tube d’acrylique à Sora. Celui-ci était tellement tâché de peinture qu’il aurait pu jouer dans « Les 101 dalmatiens » sans aucun problème. Il se saisit du tube et en mit une noix sur sa palette qui était à son image : criblée de couleurs. Puis, récupérant le pinceau qu’il avait mis entre ses dents, il plongea les poils dans la peinture et l’étala sur la toile.

Depuis une bonne heure, il s’efforçait de représenter du mieux qu’il pouvait la plage sur laquelle se couchait le soleil. Mais il n’avait pas les bonnes couleurs, c’était en partie pour cela qu’il y en avait plein partout autour de lui et sur lui.

Laissant tomber, il se leva et s’étira les jambes. Cela faisait trois jours qu’ils étaient arrivés à Twilight Town, lui et tout le club de peinture. Trois jours qu’ils peignaient à s’en faire mal aux mains.

Tifa, leur jeune professeur d’Art, rejoignit les élèves sur la plage.

 

-Eh bien, Sora, tu as fini ?

-Non, Madame. Je laisse tomber en fait. Je n’arrive pas à avoir les bonnes couleurs. Je m’y remettrai demain.

-D’accord, pas de problème. Donne-moi ton tableau, je vais le mettre à sécher avec les autres. Au fait, Riku est déjà rentré. Il m’a dit de te dire de le rejoindre. (Tifa sourit) Vas-y vite.

 

Sora acquiesça et fila vers la gare, après un rapide détour par le lavabo pour s’enlever le plus gros de la peinture. Assis sur le banc, à l’intérieur de la gare, se trouvaient Demyx et Marluxia. Visiblement, ils attendaient le train.

 

-Salut les mecs. À quelle heure passe le prochain train ?

-Dans dix minutes, tu arrives juste, sourit Marluxia en tournant son visage de poupée en direction de Sora.

 

Demyx, lui, était concentré sur sa guitare. Il grattait quelques accords en vrac, tentant visiblement de composer quelque chose.

 

-Roxas n’est pas avec toi ? Demanda Marluxia en s’allumant une Vogue.

-Non, il n’a pas fini. Lui a bien avancé, à grand renfort de peintures à paillettes. Et vous, vous en êtes où ?

-Demyx et moi avons décidé de peindre la gare avec de l’aquarelle. Lui se débrouille très bien, moi je galère. Je déteste les peintures à l’eau, ronchonna Marluxia dans un nuage de fumée.

 

Sora réprima un éclat de rire en voyant l’air dépité de son aîné. Demyx, quant à lui, avait relevé la tête et souriait, visiblement fier de lui.

 

-Qu’est ce que t’as composé, Demyx ?

-Une chanson sur la ville. Sa lumière, son soleil, son horloge. J’aime tout ici. Je viendrai y habiter plus tard.

 

Il esquissa un sourire angélique. Ce qu’il taisait, c’était l’allusion au « ciel de la même couleur que ses longs cheveux », qu’il avait glissée subrepticement entre deux vers sur la ville. Plus il traînait avec lui, plus son amour pour Marluxia grandissait, mais il ne savait vraiment pas comment s’y prendre, car l’autre ne semblait pas vouloir le regarder, encore moins le toucher. Surprenant de la part d’un garçon qui sautait sur tout ce qui passait, vierge ou pas, homme ou, plus rarement, femme. Demyx haussa les épaules et continua de sourire à Sora. Son naturel optimiste le poussait à ne pas s’en faire et à vivre au jour le jour.

Sur ces entrefaites, le train arriva. Les passagers descendirent, les trois garçons montèrent… Et eurent tout juste le temps de retenir la porte pour laisser entrer Roxas. Celui-ci semblait très fier de lui.

 

-J’ai fini le tableau ! Tifa m’a dit qu’elle l’afficherait sans doute, au lycée. C’est pas génial ?

-Ô joie… Soupira Marluxia, faisant rire Sora et Demyx.

 

Le train s’ébranla en direction du centre de Twilight Town. Un contrôleur passa, les quatre garçons brandirent fièrement leur Pass, qui leur donnait un accès illimité aux trains durant tout leur séjour. Le contrôleur s’en alla en ronchonnant et Marluxia fit un commentaire désobligeant sur son postérieur imposant. En bref, ils s’amusaient bien.

La seule ombre au tableau restait l’absence de Hayner, qui n’avait pas l’option Art. Il manquait terriblement à Sora et Roxas, qui lui téléphonaient chaque soir pour prendre de ses nouvelles, mais également des nouvelles de Seifer, maintenant qu’ils savaient. Bizarrement, le couple durait. Malgré les bagarres desquelles chacun d’eux ressortait avec un œil au beurre noir ou une coupure à la lèvre…

Sora regarda par la fenêtre. Le train filait à vivre allure dans un tunnel creusé dans la roche qui se trouvait sous la ville. On ne voyait plus le ciel, ce qui était désespérant dans une ville où il était aussi beau. Le jeune homme avait hâte qu’ils arrivent, histoire de rentrer dans sa chambre et puis… D’aller voir Riku.

Ils avaient enfin décidé : la première fois de Sora aurait lieu ici, à Twilight Town. Les chambres étaient spacieuses, les lits confortables, la vue magnifique. Certes, les chambres étaient doubles, mais Riku partageait la sienne avec Axel. Quant à Sora, il était avec Roxas. Il n’y aurait donc aucun problème de ce côté-là. Il avait suffi de persuader les deux jeunes gens d’aller faire un tour de leur côté, Tifa les laissait sortir le soir. Le plan était parfait, tout collait. Sora allait pouvoir avoir son moment parfait dans les bras de celui qu’il aimait plus que tout.

Il sourit aux anges à cette pensée. Marluxia, qui regardait du côté de son jeune ami, s’émerveilla une nouvelle fois de la pureté des traits de Sora, de la candeur de son regard d’enfant, et de la mélancolie de son cœur malmené par la vie. Puis ses yeux dévièrent vers Demyx. Celui-ci était à nouveau penché sur sa guitare. Il jouait très doucement, pour lui même, et Marluxia savait qu’il s’agissait de la mélodie qu’il avait composée quelques minutes auparavant. Cette fois-ci, ce fut la panique qui emplit le cœur du garçon aux cheveux roses. Comment pourrait-il tenir, avec pareille merveille si près de lui, sans pouvoir le toucher ? Demyx était le seul, l’unique, avec lequel il ne pouvait se permettre d’être un salaud. Car le blond, sous ses dehors de gentil optimiste, était un garçon sensible, facilement blessé. Et s’il y avait bien une chose que Marluxia ne voulait pas, c’était blesser Demyx. Il ne voulait pas lui faire de mal. Pire, quelque chose en lui, dont il ne connaissait pas l’origine, lui ordonnait de ne pas le faire. Cependant, il rongeait son frein, et ne s’en cachait pas auprès des autres. Il détestait être frustré.

 

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