Chapitre 4

Le lendemain matin, en club de dessin, il réussit à rattraper les couleurs qui avaient glissé sur la toile, et le résultat fut même encore plus joli. Riku applaudit sa dextérité avant de lui donner un rapide baiser et de retourner à sa place, un sourire aux lèvres.

 

De son côté, Roxas ne savait pas du tout comment terminer son dessin à temps. Il ramait joyeusement. Marluxia avait un visage si particulier à dessiner, que quelle que soit la technique utilisée, elle ne convenait pas.

 

C'est alors que le blond eut une idée. Puisqu'il n'arrivait pas à dessiner Marluxia, pourquoi ne pas dessiner quelqu'un d'autre ?

 

Il chercha des yeux un visage particulier, un look attirant l'œil, ou même un quelconque détail qui pourrait l'inspirer. Il croisa alors un regard vert émeraude qui retint son attention. « Dé zoomant » mentalement, il regarda dans sa globalité le visage de l'inconnu : un menton un peu pointu, de grands yeux verts desquels descendaient deux traits d'un violet sombre – visiblement une jolie tache de vin -, un sourire suffisant, et des cheveux d'un roux plutôt rouge qui explosaient en tous sens.

 

C'était Axel. Et Roxas ne pouvait pas le supporter.

 

Depuis le début de l'année, Axel était toujours apparu aux yeux de Roxas comme un fauteur de troubles, un agitateur inutile avec un petit pois dans le crâne, sûr de lui et sûr de son côté séduisant qui, il était vrai, faisait tomber plus d'une petite dinde de la bande de Sora. Ils ne se tapaient pas dessus quand ils se voyaient, se contentant de s'ignorer froidement, sachant pertinemment que s'ils se battaient, les voir se déchirer blesserait Sora, qui était ami avec les deux, même si Roxas savait qu'en cas de conflit, Sora prendrait son parti. Mais c'était plus fort que lui, il était jaloux d'Axel, de sa popularité, de sa confiance en lui, et aussi de ses cheveux explosifs. C'était donc pour cela qu'il préférait garder ses distances avec le rouquin. Cependant, en cet instant, Axel représentait plutôt le seul espoir de Roxas pour son projet de dessin. Le rouquin était plutôt facile à dessiner, très beau, et son look était suffisamment particulier pour que Roxas ne soit pas hors sujet.

 

Prenant sur lui, Roxas se leva, et alla interpeller Axel qui discutait avec Zexion.

 

-Heum, Axel, j'ai un service à te demander… -Roxas ? Eh bien, pour que tu viennes t'adresser à moi il faut vraiment que tu sois désespéré. Alors, qu'est ce que tu veux ?

 

Roxas réprima sa vague envie de mettre sa main dans la figure d'Axel, et répondit, s'efforçant de garder un ton monocorde et posé.

 

-J'aimerais que tu pose pour moi. Je n'arrive pas à dessiner Marluxia, et je pense que tu serais bien plus facile à représenter. De plus… (Il prit une grande inspiration) De plus, tu as de très jolis yeux, et leur couleur, qui tranche avec celle de tes cheveux, sera très bien sur le papier.

 

Axel le regarda, un petit sourire aux lèvres, l'air de peser le pour et le contre.

 

-Pourquoi devrais-je accepter ? -Parce qu'il en coûte à Roxas de te faire une demande pareille ? Répondit Zexion à tout hasard, un très léger sourire tordu barrant son visage blanc, sa longue mèche argentée cachant son œil droit.

 

-… C'est une bonne raison, en effet, reconnut Axel en croisant les bras. Il réfléchit encore un moment puis finit par se lever, déployant sa grande silhouette à la taille fine et aux épaules larges.

 

-C'est d'accord, je veux bien jouer au modèle. Qu'est ce que je dois faire ?

 

-Assieds-toi là, et prends l'expression que tu veux.

 

Axel s'exécuta, non sans bougonner, et regarda droit dans les yeux de Roxas. Son visage s'était tout à coup fermé, il ne souriait plus, laissant voir l'infinie solitude qui flottait dans son regard vert. Roxas en eut même un coup au cœur. Comment un garçon aussi populaire et aussi beau pouvait-il se sentir seul ? Manquait-il d'amour ?

 

Cessant toute réflexion, Roxas se plongea dans son travail, et pendant plus d'une heure Axel ne bougea pas d'un cil. Il était le modèle parfait : son expression était superbe, ses yeux profonds et tristes, et son maintien irréprochable. Bientôt, Roxas eut fini le crayonné, qu'il avait fait au fusain. Il hésitait même à encrer et à peindre son dessin, tant l'expression d'Axel était saisissante, sur le croquis. Mais les règles étaient les mêmes pour tout le monde, il fallait rendre un travail encré et peint.

 

Son projet terminé, Roxas s'éloigna de la toile, histoire de jeter un regard d'ensemble.

 

C'était plutôt réussi. Sora le complimenta aussitôt, suivi par Riku, Marluxia et Demyx. Bientôt, Axel se glissa dans son dos et observa le résultat à son tour. Le sourire qui planait sur ses lèvres laissait deviner ce qu'il pensait sans qu'il eût besoin de parler.

 

La cloche sonna la fin des heures de club, et le début de la récréation qui venait juste avant le couvre-feu. Les garçons sortirent du lycée pour aller se griller une cigarette derrière le gymnase. Sora s'assit sur les marches, contemplant Riku de loin, n'arrivant pas vraiment à suivre la conversation qu'il avait avec Marluxia.

 

-… Et donc on va partir en classe de mer. Génial, non ? -Quoi ? Tu disais ?

 

-T'as vraiment la tête ailleurs aujourd'hui. Je disais que la prof de dessin a décidé qu'on faisait trop de portraits et pas assez de peintures d'extérieur, et qu'elle a décidé de nous emmener en classe de mer pendant une semaine, histoire de nous faire dessiner des paysages maritimes. C'est pas fantastique ?

 

-Si, totalement ! Et on ferait ça quand ?

 

-Fin Avril, juste avant les vacances de Pâques. Comme ça on pourrait aussi passer une semaine à juste ne rien faire et se dorer la pilule sur le sable fin.

 

Marluxia sourit et éteignit sa cigarette sur la marche de l'escalier. Sora, lui, n'en croyait pas ses oreilles. Ils allaient donc partir, ses meilleurs amis et lui, pour une semaine entière de peinture, au bord de la mer ? Il avait même des fourmis dans les jambes et dans les mains, tant l'impatience lui donnait envie de sauter partout.

 

-Partant alors ? Demanda Marluxia tout en connaissant la réponse.

 

Sora se contenta de sourire, pour toute réponse. Bien sûr qu'il était partant. Il était même sûr que ça serait les deux plus belles semaines de sa vie.

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