Chapitre 3

Pendant ce temps-là, Sora et Roxas étaient entrés dans la salle de classe et s'étaient assis dans un coin, reprenant les croquis commencés la fois précédente. Chacun des deux devait dessiner puis encrer et peindre quelqu'un dont il trouvait le visage à la fois plein de caractère et surprenant. Bien évidemment, Sora dessinait Riku, qui avait – selon lui- le plus beau et le plus intéressant visage de l'univers. Roxas, quant à lui, avait hésité un long moment et finalement décidé de dessiner Marluxia. Le garçon aux cheveux roses se faisait un plaisir de prendre des poses stupides pour compliquer la tâche du blondinet.

 

De son côté, Riku était trop flatté que Sora veuille le dessiner pour faire l'imbécile. Il restait assis, calmement, sur une chaise, discutant avec Axel ou Zexion. Sora avait décidé de le représenter entrain de sourire, les traits détendus, les yeux doux. C'était l'expression qu'il préférait voir sur le visage de l'argenté.

 

Son croquis était presque terminé, et très réussi. Roxas siffla, l'air admiratif, en voyant le travail de son ami.

 

-C'est sublime, Sora. Il va adorer.

 

-Il me reste à l'encrer et à le peindre, et ça sera parfait.

 

Il s'attela à l'encrage pendant une demi-heure, c'était l'étape la plus rapide du processus, du moment qu'on ne dépassait pas. De plus, Sora s'entraînait à la calligraphie depuis son plus jeune âge – « comme les geishas ! » avait plaisanté Hayner -, et s'y connaissait donc très bien en encrage.

 

La peinture prit plus de temps, car il passa un bon quart d'heure à chercher la couleur parfaite pour les cheveux de Riku. Il ajouta même un soupçon de peinture argentée brillante au gris blanc qu'il avait obtenu, afin de reproduire la texture de la chevelure de son ami.

 

Ensuite, il mélangea encore de nombreuses couleurs pour essayer de s'approcher le plus possible de la sublime couleur de ses yeux. Le résultat était saisissant : on aurait dit une photo.

 

Pour finir, il peignit les vêtements sobres de Riku, un petit bout de langue pointant entre ses lèvres, montrant sa concentration extrême. N'osant pas s'approcher pour regarder, Riku se contentait de l'observer de loin, le trouvant totalement adorable dans cette position. Avec ses taches de peinture sur son tablier, ses pinceaux un peu partout dans les mains, et son air ultra-concentré, on aurait dit un vrai artiste peignant un tableau très important. Léonard de Vinci peignait probablement la Joconde avec cette tête. Quoique… De Vinci n'aurait pas été si mignon !

 

Lorsque ce fut enfin terminé, Sora calligraphia proprement son prénom en bas de la page à l'aide d'une plume, et montra le résultat à Roxas. Celui-ci hallucinait totalement : le tableau de son ami était magnifique !

 

-C'est fantastique ! Tu as beaucoup de talent, Sora !

 

Ses exclamations amenèrent les Terminales à s'approcher les uns après les autres, et tous furent subjugués par le tableau. Sora était presque gêné de tant de compliments.

 

Enfin, le moment tant attendu arriva : Riku lui-même s'avança pour regarder le résultat. Toute la classe retint son souffle, attendant le commentaire du modèle du tableau. Celui-ci rougit légèrement, puis se tourna vers Sora, fit son sourire le plus doux, et chuchota :

 

-Dire que c'est magnifique serait le plus énorme des euphémismes de ma vie. D'ailleurs, dire que ce serait un énorme euphémisme serait aussi un énorme euphémisme.

 

Sur ces mots, il posa son tablier, prit son sac et sortit. Sora était totalement ébranlé par le compliment à rallonge de Riku, bien plus que par ceux de tous ses amis réunis.

 

La cloche sonna la fin des cours, et le début du répit avant les deux heures d'étude obligatoire. Sora et Roxas prirent leurs sacs, le châtain mit son tableau à sécher à côté de la fenêtre, et ils sortirent calmement.

 

Avant de rejoindre leurs amis dehors, histoire de fumer une cigarette, ils passèrent à leurs casiers pour voir s'ils n'avaient pas de mots de professeurs.

 

Sora composa le code de son cadenas, et ouvrit la porte grinçante de son casier bleu foncé. Il y avait deux mots posés sur la première étagère, l'un provenait de Xemnas, et l'autre n'avait pas d'expéditeur. Sora fronça les sourcils et ouvrit d'abord le deuxième. Il venait visiblement d'une imprimante lambda comme on pouvait en trouver un peu partout dans le lycée. Impossible donc de remonter à l'expéditeur grâce à l'écriture. Sora déplia entièrement la feuille de papier, et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il en lut le contenu :

 

« Aujourd'hui j'ai enfin eu la preuve que je t'aimais, mon cœur ne m'a pas menti. Si je t'écris cette lettre, c'est pour soulager un peu le poids qui me pèse dans la poitrine. Tu ne sauras jamais qui je suis, c'est pour ton bien et le mien.

 

Mais chaque jour de chaque semaine, tu recevras un mot comme celui-ci dans ton casier, je t'en fais la promesse.

 

Rien que toi et moi, pour toujours, c'est mon rêve, que tu sois mien,

 

Il n'y a rien de plus beau que ce que j'imagine, crois-moi.

 

Kelle que soit ta réaction, de toute façon je te regarderai de loin.

 

Une fois que tu auras lu cette lettre, cache-la. »

 

Sora fronça les sourcils, remarquant la faute à l'avant-dernière ligne, mais n'en tenant pas compte, surtout surpris par le contenu du mot. Ainsi, quelqu'un l'aimait en secret ? Et ce quelqu'un était certain de l'aimer depuis seulement aujourd'hui ? Sora ne savait pas s'il devait se sentir très touché ou vexé, parce que cette personne avait mis tout ce temps à se manifester.

 

Il fourra la lettre dans sa poche et décida d'attendre de voir comment les choses évoluaient avant d'en parler à qui que ce soit.

 

Les jours passèrent, chaque jour nouveau apportant, comme promis, son petit mot dans le casier. Au fur et à mesure que la semaine passait, Sora se sentait de plus en plus touché par les écrits du mystérieux expéditeur. Son esprit était perpétuellement tiraillé entre deux sujets de pensée principaux :

 

a) Riku

 

b) L'expéditeur inconnu.

 

Ce qui l'amenait à se demander sérieusement pour lequel des deux il avait le plus de sentiments.

 

Comme à son habitude, il fourra la lettre dans la poche intérieure de sa veste d'uniforme, et se dirigea vers son cours suivant : Littérature. Encore une heure à s'ennuyer à mourir, à écouter les débilités ânonnées par Génésis. Il soupira.

 

De son côté, Hayner séchait joyeusement le cours. Il était en ce moment même entrain de courir autour du bâtiment, cherchant une cachette pour éviter que Seifer ne le trouve. Pour une fois, ce n'était pas la peur qui le guidait, mais le jeu. Il jouait à cache-cache avec Seifer, en quelque sorte.

 

Il s'engouffra dans le local servant à ranger le matériel sportif et ferma la porte derrière lui. Quelques minutes plus tard, Seifer passa en courant devant la porte close, sans remarquer Hayner caché derrière. Celui-ci pouffa de rire et s'assit afin de reprendre son souffle. Tandis qu'il calmait ses halètements de chien, la porte s'ouvrit sans un bruit derrière son dos, et une silhouette sombre se glissa dans la pièce. Soudain, quelque chose lui sauta dessus par derrière et le fit tomber sur le plancher dur du débarras.

 

-Je t'ai eu !

 

-Merde, t'es vraiment trop fort à ce jeu, soupira Hayner en tentant de se relever.

 

Mais Seifer le maintenait collé au sol, son souffle chaud lui chatouillant le cou. Hayner réussit tout de même à se retourner sur le dos pour être face à Seifer, et sourit.

 

-Personne ne nous a suivis ?

 

L'autre secoua la tête, un sourire amusé aux lèvres.

 

Hayner releva doucement la tête et captura les lèvres de Seifer. Celui-ci avait prévu son coup, et entrouvert la bouche d'avance, de façon à ce que la langue de Hayner puisse immédiatement rencontrer la sienne. Ils restèrent ainsi un moment, à s'embrasser dans le débarras, puis Hayner finit par avoir mal au dos et ils retournèrent dans la cour en se chamaillant gentiment.

 

Le soir venu, tandis qu'il se tournait et se retournait dans son lit, Sora décida d'enfreindre les règles, pour une fois, et de descendre peindre un peu. Normalement, il était interdit de descendre dans les couloirs après le couvre-feu, mais il savait que si un surveillant le surprenait, il le renverrait simplement à sa chambre sans en informer personne. Si par contre c'était Génésis qui le surprenait, il était fichu. Il se reprit. Génésis n'avait aucune raison de traîner dans le bâtiment des arts à 21h, et devait probablement être entrain de réciter joyeusement Loveless dans ses rêves, ronflant tout aussi joyeusement. Sora enfila un pantalon de jogging, un tee-shirt bleu clair et une paire de chaussures, et descendit les escaliers sur la pointe des pieds. Il était tellement concentré qu'il ne vit pas la silhouette d'un autre élève insomniaque traîner autour des casiers, une enveloppe blanche à la main.

 

Il tourna la poignée de la salle de dessin, par chance la porte n'était pas fermée à clé, et l'ouvrit tout doucement, pour éviter qu'elle ne grince.

 

Il s'engouffra dans la pièce, et immédiatement le froid le surprit. Quelqu'un avait laissé la fenêtre ouverte. Il tendit l'oreille, cherchant à capter un quelconque bruit de pas, mais il n'entendit que les doux ronflements des professeurs et élèves endormis, et le clapotis de la pluie. … De la pluie ?

 

Il courut vers la fenêtre et la ferma rapidement, ayant seulement le temps d'apercevoir qu'il pleuvait des cordes. Puis, lentement, il baissa les yeux vers son tableau. Il l'avait laissé devant la fenêtre. La fenêtre était ouverte. Et désormais l'eau de pluie coulait le long de la toile, entraînant avec elle la peinture.

 

Sora tomba à genoux, secoué de sanglots silencieux. Son si beau dessin, dont il était si fier, était entrain de partir en charpie, sous les coups d'un adversaire aussi traître que rusé : la pluie.

 

Et tout comme le ciel, ses yeux se déchiraient en milliers de gouttes d'eau qui roulaient lentement sur ses joues, jusqu'à tomber sur ses poings serrés sur ses cuisses. Sa seule fierté était désormais réduite à l'état de papier détrempé.

 

Il entendit la porte s'ouvrir derrière lui mais n'en tint pas rigueur, supposant que c'était un professeur venu le récupérer, histoire de compléter cette nuit pourrie. Soudain, une main chaude se posa sur son épaule, et il osa lever ses yeux brillants vers la personne qui venait d'entrer. C'était Riku.

 

-Oh, Riku, regarde ce désastre… C'était pourtant si joli…

 

Riku ne répondit pas, se contentant de s'agenouiller et de prendre son ami dans ses bras. Sora se figea un instant, surpris, puis posa la tête sur l'épaule de l'argenté et se laissa aller à une belle crise de larmes, se fichant totalement que Riku le voie avec les yeux rouges, ou même qu'il se moque de lui. Il respirait à fond son parfum doux, et se calmait lentement.

 

-Désolé de t'avoir infligé ça, dit Sora en reniflant et en s'essuyant les yeux.

 

-Ce n'est rien, ça va mieux ? -Je crois. Je suis seulement très déçu, j'ai passé beaucoup de temps à essayer de te dessiner du mieux que je pouvais, et j'étais presque fier du résultat, bien que mon dessin ne soit vraiment pas aussi beau que le modèle.

 

Riku sourit et caressa la joue de Sora, essuyant ses larmes. Il détestait voir le châtain dans cet état, cela lui fendait le cœur. Mû d'une soudaine inspiration, il se pencha vers son ami, et effleura sa joue du bout des lèvres. Sora crut que son cœur allait exploser en mille morceaux et rebondir sur les murs de la pièce, dessinant le nom de Riku sur le papier peint à fleurs. Ses yeux croisèrent ceux de l'argenté, qui étaient curieux, hésitants, mais aussi plein de quelque chose que Sora n'arrivait pas à identifier. De l'amour ? Du désir ? De la pitié peut-être ? Il n'en savait rien.

 

Tout ce qu'il savait, c'était qu'il crevait d'envie de l'embrasser, là, tout de suite, sans attendre.

 

Et comme il était d'un naturel impulsif, il glissa les doigts dans les cheveux de Riku, le transperça de son regard bleu vif pendant une interminable fraction de seconde, et enfin, posa ses lèvres sur les siennes.

 

À son tour, l'argenté se sentit exploser, de joie, de soulagement, et d'amour pour Sora. Contrôlant ses ardeurs, pour ne pas accélérer les choses, il entoura la taille de son ami de ses bras musclés, lui caressant le dos du bout des doigts. Il avait tant attendu cet instant que ce fut dur de ne pas sauter sur Sora sans réfléchir et sans hésiter. Mais il savait que le brun aurait été très surpris, et peut-être bloqué par cette initiative. Il aurait pu l'attendre des années s'il avait fallu. Néanmoins il n'eut pas à attendre très longtemps. Car le brun aussi avait envie que cet instant arrive, et ce depuis au moins autant de temps que Riku.

 

Ils s'allongèrent lentement à même le sol, négligeant le côté détrempé de la moquette vert pomme, et s'embrassèrent à n'en plus finir, jusqu'à une heure avancée de la nuit. Ils avaient décidé de garder le fameux instant où ils ne feraient qu'un pour un autre jour, pour d'autres circonstances. Les larmes que Sora avait versées brûlaient encore ses joues, et il n'avait pas envie que cette nuit atroce soit à la fois la pire et la meilleure de sa vie. Il préférait attendre, quitte à être frustré, à frustrer Riku. Il préférait que le moment soit parfait. Ce moment précis, qu'il avait gardé pour Riku. Aux environs de cinq heure du matin, ils remontèrent dans les dortoirs en se tenant par la main, et se quittèrent en s'embrassant tendrement. Sora se glissa dans son lit, les joues rougies par les larmes et les lèvres rougies par les baisers, un sourire planant sur son visage serein, et ne tarda pas à s'endormir.

 

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