Chapitre 2

La cloche sonna, annonçant la reprise des cours. À Ste Traverse, le pensionnat religieux de Traverse Town, dans lequel étaient Sora et les autres, l'après midi était consacré au Sport et aux options comme la musique ou les arts appliqués. Autrement dit : c'était une récréation de trois heures.

 

Sora se leva, épousseta son pantalon d'uniforme et le dos de sa chemise blanche à manches courtes (ils portaient encore l'uniforme d'été), et se dirigea vers sa salle de cours. Il avait pris l'option Littérature, tout comme Roxas et Hayner, et appréciait ce cours, malgré leur professeur soporifique.

 

Comme à son habitude, il s'assit au troisième rang, contre le mur, afin de bien voir à la fois le tableau et le reste de la classe tout en étant légèrement caché par ses deux voisins de devant. Les deux places à côté de lui étaient réservées à Roxas et Hayner, et il espérait que ceux-ci ne tarderaient pas. Il n'eut pas à espérer longtemps, car ses deux amis franchirent la porte juste après le reste de la classe, un grand sourire aux lèvres. Cela lui fit chaud au cœur, il était heureux de les voir, ils lui avaient manqué durant cette longue matinée de cours barbants. Il avait même pensé qu'ils seraient absents toute la journée, voire toute la semaine. C'aurait été l'enfer, pour lui.

 

-Salut les gars. Je suis content de vous voir.

 

-On s'en doute. Une seule petite matinée et tu te retrouves embrigadé dans le clan des Terminales. Non mais franchement…

 

-Eh, Hayner, c'est pas parce que Seifer est un crétin que tous les Terminales sont des crétins.

 

Hayner soupira à la mention de son pire ennemi et ouvrit son livre de littérature. Le professeur arriva sur ces entrefaites, un café fumant à la main.

 

-Bonjour, aujourd'hui et pour les semaines à venir nous allons étudier l'Acte I de Loveless.

 

La classe entière poussa un soupir désespéré. À chaque fois c'était la même chose, Génésis et sa pièce préférée…

 

-Quelqu'un peut-il me réciter la première phrase de l'Acte I ?

 

Un silence de mort s'abattit sur la salle, chacun s'appliquant à bien se cacher derrière son livre pour ne pas subir les foudres du professeur. Celui-ci fronça les sourcils et se pinça l'arête du nez.

 

-Je vois. Roxas, voulez-vous vous lever et réciter la première phrase, je vous prie.

 

Roxas se mit debout, rougit, s'éclaircit la gorge, et, gardant les yeux baissés sur son bureau, murmura :

 

-Infinite in mystery is the gift of the godess…

 

Sora sourit, jetant un coup d'œil à Hayner par-dessus son livre. Son ami faisait comme s'il s'enfonçait un doigt dans la gorge pour se faire vomir.

 

Génésis sourit à Roxas, puis fronça les sourcils de plus belle, en voyant Hayner. Se saisissant de sa chaussure droite, il la lui lança à la figure. Hayner évita habilement l'attaque, et ce fut Pence, assis derrière eux, qui en fit les frais. La classe partit dans un grand éclat de rire, et le professeur réclama le silence en tapant sur la table avec son livre.

 

-Ça suffit, la récréation est terminée ! Asseyez-vous, Roxas. C'était très bien récité, je vous mets un quinze à l'oral.

 

Roxas s'assit, rouge de honte et de soulagement à la fois, et échangea un clin d'œil complice avec Sora et Hayner qui avaient détourné l'attention de la classe par leurs singeries.

 

Le cours se termina, c'était l'heure de la récréation, et ensuite ils avaient une heure à passer avec leur club de peinture. Ils partageaient cette heure avec la classe de Terminale L.

 

Sora, Roxas et Hayner sortirent devant le lycée, histoire que Sora fume sa clope. Seifer et sa bande passèrent en jetant des regards mauvais en direction de Hayner, qui leur fit son plus beau doigt d'honneur. Le plus costaud de la bande, le plus stupide aussi, Lexaeus fit gonfler ses muscles d'un air menaçant. Hayner lui fit signe de venir, un sourire insolent au bout des lèvres, mais Sora lui donna un coup de coude signifiant de ne pas aller trop loin : Lexaeus était dangereux, contrairement à Seifer le maigrichon.

 

Lorsqu'ils entrèrent, Hayner dit qu'il avait une envie pressante et qu'il les rejoindrait plus tard, étant donné qu'il ne faisait pas Art. Sora et Roxas se regardèrent un moment, hésitant, mais se dirent finalement que Hayner n'avait besoin de personne pour la lui tenir.

 

Hayner entra dans les toilettes. Comme il s'en doutait, Seifer s'y trouvait déjà, accompagné de Lexaeus. C'était l'heure de sa douche hebdomadaire dans la cuvette des toilettes, visiblement.

 

Seifer l'empoigna par les cheveux et lui mit directement la tête dans le trou, sans discussion préalable, et sans prévenir. Hayner s'efforça de rester le plus calme possible, tandis que le plus grand tirait la chasse de sa main libre, afin que le plus jeune étouffe.

 

Et cela marcha. Hayner eut d'abord l'impression de manquer d'air, puis des papillons argentés voletèrent devant ses yeux, et enfin tout devint noir.

 

Seifer le sortit de la cuvette en ne sentant plus aucune résistance, et paniqua en voyant que Hayner ne bougeait plus.

 

-Hayner, arrête, c'est pas drôle ta petite blague.

 

Il le secoua légèrement, puis plus franchement : rien n'y faisait, le plus jeune ne se réveillait pas.

 

Seifer commença à paniquer.

 

-Putain Lexaeus, on fait comment si on l'a tué ? Xemnas va nous étriper et accrocher nos têtes sur sa cheminée !

 

-Euh, Xemnas n'a pas de cheminée dans son bureau…

 

-Casse-toi, crétin ! Dégage ! Tu ne m'es d'aucune utilité !

 

Lexaeus s'exécuta, avec l'air penaud du gamin qui vient de se faire gronder parce qu'il a cassé un vase précieux. Une fois seul avec Hayner, Seifer se remémora rapidement les bribes de secourisme qu'il avait apprises en école de surf. Allonger la personne sur le dos, lui pincer le nez et…

 

Le plus âgé sentit une bouffée de chaleur l'envahir en pensant que ses lèvres devraient toucher celles du plus jeune. Il se reprit immédiatement, allongea Hayner sur le dos et lui pinça le nez, avant de fermer les yeux, et de se pencher légèrement… De son côté, Hayner s'était déjà réveillé depuis un moment, mais il attendait de voir comment évolueraient les choses : est-ce que Seifer oserait vraiment lui faire du bouche-à-bouche ?

 

À sa grande surprise, les lèvres de Seifer n'étaient pas comme il les avait imaginées – rêches et froides, comme de la peau de lézard -, non, elles étaient douces, chaudes et pulpeuses, comme un beau fruit juteux.

 

Hayner leva la main et glissa les doigts derrière le cou de Seifer, à la grande surprise de celui-ci qui fit un bond en arrière.

 

-Ah ! Mais, tu étais réveillé ?

 

-Depuis un bail déjà, sourit Hayner, les sourcils légèrement relevés, l'air amusé par la situation.

 

Seifer devint aussi rouge qu'un homard qui aurait pris un coup de soleil, et heurta la porte de la cabine en essayant de reculer.

 

-Tu… Ne dis à personne ce que je viens de faire !

 

-… D'accord. Mais tu devras acheter mon silence.

 

Hayner se leva sur les coudes tandis que Seifer reprenait une couleur un peu plus naturelle, et surtout un peu plus humaine.

 

-Je parie que tu vas me demander de ne plus jamais t'emmerder, je me trompe ?

 

-Oui.

 

L'air surpris de son aîné ravit Hayner au plus haut point, et il le fit mijoter encore quelques instants avant de balancer sa bombe atomique.

 

-…Embrasse-moi encore une fois.

 

Le regard de Hayner se fit plus doux, presque hésitant, comme s'il s'inquiétait de la réaction de Seifer. Celui-ci sentit un cri de victoire traverser sa tête sans bien savoir à qui ce cri appartenait, et soupira vaguement, vaincu.

 

-Je suppose que je n'ai pas vraiment le choix.

 

-Dans la vie, on a toujours le choix. (Hayner dévisageait Seifer) Si tu m'embrasses, tu ne pourras plus faire marche arrière. Je ne t'aurais pas proposé ça sans arrière-pensée, tu t'en doutes bien.

 

Reconnaître ses sentiments pour Seifer devant celui-ci était un exploit pour le timide Hayner. En effet, son apparente grande gueule cachait une grande solitude, une grande peur de ses propres sentiments, et surtout du rejet.

 

Seifer, quant à lui, se sentait légèrement perdu, mais décida que finalement il devait en être ainsi. Il s'agenouilla devant Hayner, un sourire insolent qui rappelait celui du plus jeune au bout des lèvres.

 

-'Faut croire que je prends le risque… Chuchota-t-il.

 

Et, pour la deuxième fois de la journée, il se pencha vers Hayner et l'embrassa.

 

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