Chapitre 1

Sora soupira légèrement et tourna la tête vers la droite. Les membres de son cercle discutaient entre eux, comparant leurs coiffures respectives, leurs tous nouveaux muscles abdominaux ou leurs nouveaux collants de chez Gucci achetés dans le centre-ville lors de la visite hebdomadaire aux parents. Autant de sujets qui ne l'intéressaient guère. Il s'ennuyait à mourir.

Il sortit de sa poche son paquet de MildSeven et s'en alluma une à l'aide de son zippo argenté. La volute de fumée qui s'échappa de sa bouche sembla tournoyer sur elle-même un moment avant de s'évanouir dans la brise environnante. Renversant sa tête contre le dossier, Sora orienta ses pensées vers ses deux meilleurs amis, Roxas et Hayner, absents ce matin-là, malheureusement. Habituellement, c'étaient eux qui le sortaient des situations de ce type. Hayner proposait une activité spirituelle, telle que « se lancer des cacahuètes en visant la bouche » ou « concours de celui qui mange le plus de donuts en un temps record », les deux autres acquiesçaient joyeusement, et la petite bande allait se cacher dans un café isolé histoire de se livrer à leurs jeux de gamins turbulents. Ils avaient toujours été ensembles, de la maternelle au lycée. Quand Sora avait été forcé d'aller dans un lycée privé, ils l'avaient suivi sans broncher, même Hayner qui avait en horreur ceux qu'il appelait « les coincés du cul », et qui peuplaient ce genre de bahut, n'avait pas émis la moindre objection. C'était ainsi, malgré leurs caractères souvent contraires, ils étaient inséparables. Et en cet instant, ses deux compères manquaient cruellement à Sora.

Au début de l'année de seconde, Sora avait tout de suite été placé sur un piédestal par les autres élèves, en vue de ses talents pour les études, de son corps athlétique et de ses yeux bleus comme le cristal. Désormais, en début d'année de première, c'était une véritable cour qui l'accompagnait dans tous ses déplacements. S'ils savaient, tous autant qu'ils étaient, ce qu'il pensait réellement, ce qui cogitait sous cette masse de cheveux en bataille, peut-être auraient-ils tous fui. Ça aurait fait des vacances au pauvre Sora. Roxas, plus réservé en apparence, était laissé au deuxième rang par les abrutis qui poursuivaient Sora. Peut-être tous ne voyaient-ils en lui que le meilleur ami de l'incroyable Sora. Ce rejet lui permettait de se cacher derrière un masque timide de gentil gamin, tandis qu'il bouillonnait de l'intérieur, révolté contre tous ces moutons qui bavaient d'admiration devant Sora. Quant à Hayner, son côté bourru et mauvais garçon ne lui amenaient pas que des amis, loin de là. Il avait même droit à son lot quotidien de brimades, dispensées par Seifer et sa joyeuse bande de crétins. Ceux-ci l'enfermaient quotidiennement dans les toilettes, le poussaient souvent dans les escaliers et le faisaient régulièrement tomber dans les couloirs. Hayner supportait tout cela avec un sang-froid digne du plus grand des Samouraïs, et Sora l'admirait en secret pour cela.

Un coup de coude dans les côtes fit sortir Sora de ses rêveries. Une des gamines de sa cour pointait du doigt un groupe de garçons qui semblait sortir de nulle part et partout à la fois, des cigarettes collées entre leurs lèvres étirées par des sourires suffisants. Les élèves de Terminale L. Un groupe connu, redouté et apprécié de tous, sauf Sora, qui s'entendait plutôt bien avec eux. Il y avait Demyx, le guitariste de la bande, Marluxia, gay ouvertement et plein de cynisme railleur, Axel, le gai luron, Zexion, le plus mystérieux, et enfin Riku. Riku était grand, bien fait, plutôt musclé même, de longs cheveux argentés cachant à moitié ses magnifiques yeux bleu-vert. Il arborait le même sourire crâneur que ses amis, mais le sien était plus sombre, légèrement tordu, comme s'il connaissait sur vous des choses que vous-même ignoriez. De plus, lorsqu'il vous fixait de ses yeux profonds, comme deux lacs au milieu d'une forêt argentée, il semblait lire dans votre âme. C'était parfois déstabilisant, surtout pour Sora, qui ne voulait pas que Riku déchiffre les méandres torturés de son cerveau.

Sora se leva, voyant en cette bande intouchable ses sauveurs, et les rejoignit, un léger sourire aux lèvres. Axel sourit à son tour en le voyant arriver. –Eh, voilà le roi du lycée ! Comment va le jeune Sora ? -Le jeune Sora a une bande de morues qui lui colle au train, et ses deux meilleurs amis sont portés disparus, mais sinon il va bien. (Sora ricana en secouant doucement la tête) Je peux m'asseoir avec vous ?

-Mais je t'en prie, vas-y, mon cher. Prends donc un verre, tant que tu y es.

Demyx lui tendit une bouteille de bière brune, mais Sora refusa poliment. Il ne buvait pas avant d'aller en cours, et de plus, détestait la bière brune.

-Non merci, Demyx, je m'en tiendrai à mon Coca Light. Mais eh, vous ne devriez pas vous promener avec de l'alcool si près de Xemnas !

-S'il sait qu'on traîne avec toi, il ne nous dira rien.

Cette voix grave et posée, c'était celle de Riku. Il regardait Sora, un petit sourire aux lèvres. Lui seul connaissait la réelle information sous-jacente qui se trouvait dans cette phrase. Car lui seul dans la bande savait que Xemnas avait adopté Sora lorsqu'il avait quatre ans, après la mort de ses parents biologiques dans un accident de voiture. C'était un secret dans le lycée, personne n'était au courant, sauf Roxas, Hayner, et Riku qui s'était trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et avait surpris une conversation entre Sora et Xemnas. Il n'avait toujours pas voulu dire à Sora, d'ailleurs, ce qu'il faisait près de sa chambre à ce moment-là.

Sora soupira et écrasa le mégot de sa cigarette contre la souche de l'arbre qui se trouvait en face de lui. Son cœur battait à une vitesse folle, et il éprouvait le besoin aussi soudain qu'impulsif de s'allonger dans l'herbe. Ce qu'il fit, après seulement quelques instants de réflexion. Il posa sa tête sur l'un des genoux de Marluxia, qui joua distraitement avec une mèche de ses cheveux, tout en poursuivant sa conversation avec Zexion. Sora tendit l'oreille.

-Mais enfin, Zexion, je ne dis pas que c'est un problème majeur, mais être puceau en Première maintenant c'est rare, alors en Terminale…

-Je sais bien, mais si c'est mon choix, qu'est ce que ça peut te faire ? Pourquoi est-ce que tu en fais un problème de société ?

Marluxia ferma les yeux, ses doigts se crispèrent un instant dans les cheveux de Sora, puis il reprit, d'une voix légèrement tremblante témoignant de son énervement.

-Je n'en ferais pas un problème de société si tu ne paraissais pas si… À la fois dérangé et fier d'être puceau en Terminale ! Je m'en fous de ton cul, Zexion, mais si tu ne veux pas que je fasse de commentaire dessus ne viens pas m'en parler !

-Soit, d'accord, la prochaine fois, je garderai mes réflexions philosophiques pour moi, ça te va ?

-À merveille.

Marluxia sourit et tourna son adorable visage de poupée vers Sora.

-Alors, Sora, qu'est ce que tu me racontes de beau ?

-Moi, je suis puceau. Riku étouffa un léger rire, tandis que Zexion fusillait Sora du regard. Celui-ci cligna de ses beaux yeux bleus pleins de candeur, l'air de dire « Oups, j'ai dit une ânerie. ».

-Hm… Eh bien… On peut y remédier rapidement si tu veux ? Proposa Marluxia, un sourire en coin au bout des lèvres, ses doigts se faisant plus pressants dans les cheveux de Sora, effleurant ses joues.

Sora soupira d'aise et ferma les yeux, mais secoua négativement la tête. Sa virginité était quelque chose de précieux pour lui, qu'il comptait réserver à quelqu'un qu'il aimerait. Quelqu'un de doux, de tendre, avec de grandes mains, et une voix chaude qui murmurerait son nom à voix basse. Oh, et avec de longs cheveux et des yeux profonds qui le feraient chavirer. Des yeux dans lesquels on croirait se noyer.

Sora déglutit en s'apercevant qu'il visualisait totalement Riku dans sa tête, en se faisant cette description de son homme idéal. Cela faisait un certain temps qu'il s'interrogeait sur ses sentiments à l'égard de l'argenté, mais maintenant la question était même stupide à poser. Il était évident qu'il était très attiré par son ami. De là à se croire amoureux, il y avait une marge. Le temps seul pourrait résoudre cette énigme.

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