Chapitre 9

Alice trébucha et s’effondra comme une masse sur les pas japonais. Le désespoir l’accablait. Même Yoru, même lui y était passé. Même lui n’avait pas pu se retenir.

Secouée par des larmes silencieuses et amères, elle resta un long moment allongée dans l’herbe bien taillée, la hanche douloureusement compressée contre l’une des pierres plates du chemin. Alerté par le bruit de sa chute, Bob accourut.

 

-Eh ! Arisu ! Tu t’es fait mal, chérie ?

-Ça fait… Tellement… Mal…

-Je crois que tu ne parles pas de ta chute, là, souligna Bob en s’agenouillant près de sa petite fille.

 

Alice renifla et s’assit sur une pierre, s’efforçant d’essuyer le flot de larmes qui coulait toujours sur ses joues rouges. Bob la prit dans ses bras, lui caressant doucement les cheveux, lui chuchotant des paroles tendres mais sans suite, telles que « ça va aller », « calme-toi ».

 

-Raconte-moi tout.

-C’est… Blue…Et Yoru… Ils… Ils…

 

Elle s’essuya la joue avec sa manche, sans réellement obtenir de résultat. Bob s’assit plus confortablement : il avait compris ce que voulait dire Alice et ne savait comment l’aider.

 

-Alice, écoute-moi bien…

 

Alice leva les yeux vers lui, ses prunelles encore obscurcies par les larmes. Bob toussota et passa la main dans ses cheveux, encore d’un beau brun acajou.

 

-Ma chérie, dans la vie, il ne faut faire confiance à personne. Il faut avoir des amis, une famille, des gens qui nous soutiennent, mais ne jamais accorder sa confiance. Tout le monde nous trahit un jour, ma puce. Il faut parfois savoir être égoïste, il faut savoir faire abstraction du monde qui nous entoure. Tu ne peux malheureusement croire personne, dans ce bas monde. La dernière fois que j’ai fait confiance à quelqu’un, c’était quand ta mère m’avait assuré qu’elle pouvait s’occuper de toi, et tu vois le résultat : tu es là, aujourd’hui, avec moi.

-Mais, Bob… Si tu ne fais jamais confiance à personne, ta vie doit être triste et vide !

-Moins que la tienne, chérie, souffla Bob en souriant tristement. Vois dans quel état tu es. Tout ça parce que tu leur as fait confiance, à Blue et à Yoru. Tu comptais sur eux. Et regarde le résultat.

 

Alice baissa la tête vers l’herbe à ses pieds, remarquant au passage qu’elle s’était écorché les genoux et les poignets dans sa chute. Elle esquissa un sourire peiné. Et si son grand père avait raison ? Et si dans la vie, mieux valait être seul que mal accompagné ?

 

-Il y a le mal en chacun de nous, Alice. Souviens-t-en toujours. C’est trop risqué de croire en des personnes instables. Et nous sommes tous instables. Rappelle-toi de ce que je t’ai dit aujourd’hui.

 

Il se leva et tendit la main pour aider Alice à faire de même.

 

-La seule personne en qui tu peux toujours avoir confiance, c’est toi-même.

 

Lorsque Alice fut sur ses pieds, elle regarda son grand père droit dans les yeux.

 

-Je pense que tu te trompes, Bob. Il vaut mieux faire confiance, quitte à être déçu. Sinon on est toujours seul. Et je ne supporte pas la solitude. L’être humain est un animal qui vit en meute.

 

Sur ces mots, elle s’échappa vers sa chambre, trébuchant parfois sur des pierres. Bob la regarda partir en secouant la tête.

 

-Pauvre enfant…

 

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