Chapitre 4

Le soir venu, après leur journée de cours, Dio, Blue, Alice, Yoru et quelques autres marginaux se retrouvèrent chez Blue, dans le centre-ville, autour de quelques bouteilles. Alice n’était pas censée boire en semaine, surtout pas lorsqu’elle dormait chez son grand-père. Celui-ci ne lui demandait pas grand-chose, seulement de ne pas rentrer totalement ivre, et de ne pas ramener de garçon autre que Yoru.

Blue était venu en scooter, Dio en moto. Ce dernier avait amené avec lui une jeune fille, de taille moyenne, dotée de longs cheveux noirs et de grands yeux délicatement maquillés, couleur d’écorce. Elle s’appelait Etsuko.

Alice et elle se lièrent immédiatement d’amitié. Elles se servirent un whisky coca, se partagèrent une Black Devil et l’amitié se créa toute seule, comme si c’était naturel, comme si ça allait de soi.

L’opinion d’Alice par rapport à la sexualité de Dio fut légèrement modifiée par l’arrivée de cette nouvelle, car il était flagrant que le jeune homme était fou de désir pour son amie. Par ailleurs, il était devenu très beau avec sa nouvelle coupe de cheveux. Ils étaient mi-longs et lisses, rebiquant légèrement aux pointes, et leur couleur était désormais un blond ambré, presque roux. Cela lui donnait un petit faux air d’Uruha, guitariste de the GazettE, et cela lui allait particulièrement bien. Ce soir-là, il était allongé sur un matelas, dans un coin, une tulipe particulièrement chargée à la main, tentateur, que ce soit pour les fumeurs repentis ou les accros au sexe. Son parfum sirupeux, délicieux mélange d’odeur de cannabis entrain de brûler et d’Hugo Boss, embaumait l’air tout autour de lui. Ses yeux étaient mi-clos, il bougeait la tête au rythme de la musique langoureuse que diffusait un haut-parleur placé non loin du matelas.

Alice ne voyait plus que son cou, lisse, qui avait l’air parfait à embrasser. Etsuko, qui la regardait du coin de l’œil, lui fit signe de le faire, en riant. Et comme elle était déjà pompette, elle se leva.

Sous les yeux ébahis de Yoru, Blue et les autres, qui jouaient au caps devant le bar, elle s’assit à califourchon sur Dio, se pencha sur lui et l’embrassa dans le cou. Lui ne bougeait pas, il semblait s’y attendre, comme s’il l’avait fait exprès, ce qui était probablement le cas. Il se contenta de poser une main au creux des reins d’Alice, comme pour l’empêcher de bouger.

À sentir ses doigts sur elle, Alice se souvint que c’était toujours Spiderman, le mec qui, le matin même, avait baisé son meilleur ami dans le placard du foyer. Son dégoût reprit le dessus sur l’alcool, et elle se releva, oscillant sur ses jambes avant de retourner s’asseoir près d’Etsuko, laquelle affichait une mine inquiète.

 

-Pompette après un verre, tu n’as rien mangé de la journée ou quoi ?

 

Alice fit non de la tête. Au petit-déjeuner, elle ne mangeait jamais. Quant au déjeuner, elle l’avait sauté avec Yoru parce qu’ils étaient allés jouer au billard dans le bar en face du lycée.

Son amie soupira et se ralluma une cigarette.

 

-Tu devrais demander à Blue s’il a pas un truc, histoire de pas nous faire un coma.

-Beurk.

 

Elle accompagna sa réflexion d’une grimace. L’idée de demander quoi que ce soit à Blue la dérangeait déjà, car dépendre de lui encore une fois lui aurait laissé un goût amer de bile et de cendre au fond de la gorge. À la place, elle se leva et se servit un verre de Get27 pur, histoire de s’alcooliser au maximum, et d’oublier ses problèmes, qu’ils soient familiaux, amicaux ou amoureux.

Etsuko la dévisagea, intriguée, tout en soufflant un nuage de fumée par le nez.

 

-Tu le détestes ?

-Quelque chose comme ça.

-Qu’est ce qu’il t’a fait ?

 

Blue arriva sur ces entrefaites et s’assit près d’Alice, qui se rapprocha d’Etsuko en soupirant, l’air dégoûté. Etsuko se pencha vers le garçon, un sourire mutin aux lèvres.

 

-Qu’est ce que tu lui as fait pour qu’elle te déteste ?

 

Alice croisa les bras, décidée à bouder tout le reste de la soirée, puis but une longue gorgée de Get27 pour bien montrer qu’elle faisait la gueule. Blue haussa les épaules.

 

-J’en sais trop rien. C’est peut-être parce qu’elle m’aime trop, pour le cacher elle fait comme si elle me haïssait.

 

Etsuko sourit et se tourna vers Alice, qui secoua négativement la tête. Non, elle ne pouvait pas être amoureuse d’un crétin pareil. C’était juste impossible.

Blue enleva son verre des mains d’Alice et le posa sur la table basse sur laquelle se trouvaient tous les alcools. Sa main glissa le long de la cuisse d’Alice, remonta lentement effleurant sa poitrine, et alla se loger derrière sa nuque. Elle ne put réprimer un frisson de dégoût.

 

-Tu vois, elle se laisse faire quand je la touche. Elle ne me déteste pas tant que ça.

 

Alice tourna la tête vers Yoru et Dio, qui étaient en pleine discussion sur un sujet inconnu, cherchant de l’aide. Mais aucun de ses deux amis ne la regardait.

Blue se pencha, l’embrassant dans le cou. Elle posa ses mains sur son torse, cherchant à le repousser, sans être très efficace.

 

-Elle crève d’envie de m’embrasser, regarde la…

-Blue, fous-lui la paix.

-Ouais, fous-moi la paix… Chuchota Alice entre ses dents, s’efforçant de ne pas se tourner vers Blue, sachant pertinemment que si elle le faisait, il en profiterait pour l’embrasser. Tant qu’elle était dans cette position inconfortable, il n’avait pas accès à ses lèvres.

-Allez, laisse-toi aller, Arisu…

 

En utilisant son surnom, il savait qu’il la toucherait. Elle serra encore plus les dents et tint bon, bien que crevant d’envie de se tourner, rien que pour admirer son beau visage de connard.

 

-A…ri…su… Chuchota-t-il à son oreille, son souffle chaud lui caressant le lobe.

 

Elle se mordilla la lèvre et tourna enfin les yeux pour les planter dans les siens. Pendant quelques secondes, elle crut entendre la Victory Fanfare, tant il avait l’air fier de lui. Et alors qu’il plongeait vers elle, pour l’embrasser, Etsuko eut le réflexe d’intercaler sa main entre leurs lèvres. Blue recula, surpris, et les deux jeunes filles en profitèrent pour filer.

Alice se lova au creux des bras de Dio, qui lui caressa distraitement les cheveux du bout de ses doigts arachnéens, tout en poursuivant sa discussion avec Yoru. Celui-ci jeta un coup d’œil inquiet à Alice, mais cessa de s’en faire dès l’instant où il comprit la raison de la peur de la jeune fille.

La soirée se déroula sur le même modèle, Alice évitait Blue, qui la poursuivait un peu partout, essayant à chaque fois de la toucher. Elle ne se laissa pas faire.

Etsuko, par contre, céda rapidement à Dio. Ils se retrouvèrent à faire des galipettes dans la chambre de Blue, sur le canapé qui était dans le coin. Yoru et Blue s’étaient assis sur le lit, en face, un pot de pop corn à la main, et regardaient, s’esclaffant souvent. Rien ne semblait perturber les deux amants, dont les cris faillirent réveiller les voisins.

Alice était assise dans un coin du salon, la joue contre l’ampli énorme qui diffusait la musique, les yeux clos, les bras noués autour de ses hanches, les genoux ramenés contre sa poitrine. Elle était à moitié bourrée et avait décidé de dormir là, contre l’ampli, et de ne pas rentrer chez elle. Car ivre, elle ne pouvait pas rester chez son grand-père. Il détestait cela. Elle serait donc forcée de retourner chez sa mère, qui serait probablement encore plus ivre qu’elle, ce qui serait ingérable. Elle avait donc deux choix :

1 – Rester dormir ici, chez Blue, ce qui n’était pas franchement une super idée.

2 – Squatter chez quelqu’un d’autre. Seulement tous ses amis dormaient chez Blue, y compris Yoru, Dio et Etsuko. Le petit 1 était donc sa seule véritable option. Elle était coincée. Et si elle dormait là, elle risquait de subir des attouchements sexuels continus toute la nuit.

La situation était indémêlable. C’était une impasse. Et elle détestait cela.

Serrant les paupières, elle s’efforça de se noyer dans la musique et dans sa bouteille de bière, comme pour oublier où elle se trouvait. Peine perdue, la voix de Blue, si sensuelle et si grave, tranchait sur celles des autres. Il venait de revenir, avec Yoru, et visiblement ils avaient bien ri. Elle entendit les mots « Etsuko » « Dio » et « baiser » dans la même phrase, et déduisit qu’ils avaient assisté à un bon film porno à domicile.

Une main tranquille se posa sur sa joue et elle ouvrit les yeux. Yoru était accroupi en face d’elle, un léger sourire aux lèvres, les pupilles dilatées par le cannabis.

 

-Arisu, tu vas dormir ici n’est-ce pas ?

-Il faut bien. Tu me vois rentrer chez mon grand-père dans cet état ?

-Oh, je suis sûr que Bob ferait une exception, pour une fois. La vérité c’est que tu aimerais vraiment beaucoup que Blue te tripote, discrètement, cette nuit. Tu aimerais pouvoir faire comme si tu ne t’y attendais pas, histoire de ne pas lui laisser la victoire trop facilement. Ensuite, tu emmêleras tes doigts dans les siens, comme pour lui dire d’arrêter, mais peine perdue, il sera beaucoup trop fort pour toi. Alors tu cèderas. Comme toujours.

-Arrête. Ferme-la. Tu te trompes, je suis bourrée, je n’aurais pas la force de résister jusqu’à la dernière phase. Je lâcherais l’affaire au tout début, quand il essayerait de me caresser. Je me laisserais faire, Yoru. Et ça, ça me fait peur.

-Je serai là, Alice. Tu ne risques rien si je suis là.

-Comme si t’allais l’empêcher de me toucher. Tu seras trop occupé à baiser et à sucer dans tous les coins, comme un gigolo de luxe. Ça craint, Yoru. Parfois je me demande pourquoi t’es mon meilleur ami.

-Je me demande aussi pourquoi je suis le meilleur ami d’une coincée toxico complètement névrosée qui a honte d’être amoureuse d’un type absolument parfait en tous points.

 

Et sur ces paroles, il se leva et rejoignit Blue qui observait Alice en souriant méchamment. L’espace d’une seconde, elle les haït tous les deux. Puis elle décida sur un coup de tête que finalement elle allait dormir sous un pont avec une bande de SDF, ça vaudrait toujours mieux que dormir avec ces abrutis finis.

Elle se leva, chancela, retomba. Yoru ne pouvait s’empêcher de la regarder du coin de l’œil, car il était inquiet. Elle se releva, se retint à l’ampli, réussit à faire trois pas et à attraper son sac et sa veste. Puis elle descendit les nombreux escaliers, quatre à quatre, et sortit sous la pluie drue qui tombait dehors.

La nuit était telle une couverture noire qui serait tombée sur la ville. Les nuages gris foncé ne bougeaient que très peu, langoureusement, sinuant entre les immeubles. Alice fit quelques pas puis s’alluma une cigarette, s’asseyant sous un porche, se rendant compte du ridicule de son idée. Elle arrivait à peine à faire trois pas sans tomber, le dernier métro et le dernier bus étaient passés depuis longtemps, elle ne risquait pas d’aller bien loin.

La porte de chez Blue s’ouvrit et il la rejoignit, ses cheveux bleus et noirs, déjà trempés, collant à ses joues.

 

-Reviens. Je ne te toucherai pas.

-Je n’ai pas peur que tu me touche, Blue. J’ai peur d’avoir envie que tu me touche.

 

L’alcool lui montait à la tête, elle se sentait mise à nu, comme si sa pudeur s’était envolée dans une bulle de whisky coca. Blue s’approcha d’elle, lui prit la main et la força à se relever, la serrant contre lui. Son tee-shirt bleu était trempé, le top d’Alice ne l’était pas moins. Ils ressemblaient à deux héros d’une série américaine à l’eau de rose.

 

-Je ne veux pas que tu aies peur avec moi. J’aimerais que tu me fasses un peu confiance, parfois. J’aimerais, sans vraiment y croire, que tu puisses être heureuse d’être dans mes bras. Mais je te dégoûte, je le sais. Alors je ne t’obligerai à rien. (Il lui prit le menton et effleura son front du bout des lèvres) Mais reviens, je t’en prie. Ne reste pas dehors. C’est dangereux.

 

Alice soupira, ne pouvant que céder lorsqu’il avançait de pareils arguments. Il était vrai qu’être dehors, à cette heure-ci, lorsqu’on était une jeune fille habillée d’une minijupe et d’un top trempé, ce n’était pas très prudent.

Elle se leva et retourna à l’intérieur. Dès qu’elle lui tourna le dos, Blue esquissa un sourire machiavélique. C’était dans la poche, il n’avait même pas eu besoin de la forcer, elle viendrait d’elle-même se réfugier dans ses bras. Bientôt, très bientôt.

 

« Tu m’appartiendras, Alice Olliver… » Pensa-t-il avec ravissement.

 

Alors qu’Alice revenait dans le salon, Blue à sa suite, Yoru releva la tête et sourit. Il sentait qu’entre ces deux-là, une relation était entrain de se nouer, lentement mais sûrement. Ce ne fut que lorsqu’il aperçut l’expression de Blue qu’il comprit enfin qu’Alice était entrain de tomber dans un piège. Et pire, que lui ne faisait rien pour la sauver, car, depuis le début, il la poussait dans les bras de Blue.

Ravalant sa salive avec difficulté, Yoru se leva et se resservit un grand verre de Malibu et de jus de Poire, son cocktail préféré. Il ne comprenait pas comment il n’avait pas remarqué plus tôt que son ami aux cheveux bleutés nourrissait de cruels desseins à l’égard de sa fragile meilleure amie.

Ladite meilleure amie, inconsciente de la gêne de Yoru, secoua ses cheveux et accepta en souriant le tee-shirt bleu orné d’un zombie que Blue lui proposait. De son côté, Etsuko lui avait prêté une paire de chaussettes arrivant jusqu’à mi-cuisses. Elle ne garda que son boxer-short, et son soutien-gorge en dentelle noire, qui étaient trempés eux aussi, mais qu’elle ne pouvait retirer. Ainsi vêtue, Alice était plus que désirable, c’est pourquoi elle décida de privilégier la compagnie d’Etsuko à celle de Blue ou Dio. Ses jambes étaient très fines, presque maigres, sans parler de ses mollets ou de ses bras. Elle s’assit sur le sol, tout près du bar, et accepta le verre de vodka-grenadine que lui passait Etsuko. Il y avait plus de grenadine que de vodka, heureusement, car Alice avait déjà beaucoup trop bu.

Etsuko, de son côté, était tout juste pompette. Elle avait un joint dans une main, un verre dans l’autre et semblait énormément s’amuser. Sa partie de jambes en l’air avec Dio l’avait considérablement divertie, mais elle avait l’impression d’avoir raté un épisode de la série Alice and Blue.

 

-Au fait Alice, pourquoi t’es trempée ?

-J’ai essayé de fuir, mais le méchant roi qui me garde prisonnière dans sa tour de cristal m’a rattrapée et enfermée, marmonna Alice, un large rictus aux lèvres, ne sachant pas vraiment ce qu’elle devait répondre.

-Tu vas dormir ici, près du méchant roi ?

-Ouais. Je cherche à me faire violer, en fait.

-Je te protégerai.

 

Alice releva la tête, son amie souriait, semblant sincère. À son tour, Alice s’autorisa à esquisser un embryon de sourire amusé.

 

-Avec tes petits muscles ?

-Mais oui, évidemment. Voire, s’il le faut, avec mon sex-appeal.

-Sérieusement ?

-Promis.

 

Les deux filles trinquèrent, comme pour sceller un pacte, et chacune but une longue gorgée de son verre. Le breuvage était délicieux, la grenadine faisait oublier le goût de la vodka et le tout ressemblait plus à du jus de fraise qu’à un cocktail.

 

-Moi je sais : on va appeler ce cocktail le Aritsuko, en souvenir de notre rencontre !

-Bonne idée ! Maintenant on dira aux serveurs « un Aritsuko s’il vous plaît ! ».

 

Elles rirent. Blue se tourna vers elles et esquissa un sourire amusé. Alice lui semblait très bien disposée pour ce qu’il voulait faire d’elle. « Pas ce soir », se sermonna-t-il. Il avait promis. Il ne fallait pas qu’Alice sache qu’il mentait comme un maître chanteur. Par contre Etsuko… Dio n’y verrait aucun inconvénient, après tout elle ne lui appartenait pas, car elle ne voulait appartenir à personne. Elle ferait une très bonne proie de second choix. De plus, certains tics, certaines attitudes lui rappelleraient Alice. « Parfait » pensa-t-il, avant de se retourner vers un de ses amis, qui, complètement bourré, essayait de lui raconter sa première fois.

Alice, quant à elle, s’était finalement allongée sur le canapé de la chambre. Elle fumait tranquillement une Marlboro menthol qu’elle avait chipée à Yoru, qui avait toujours au moins trois paquets différents sur lui.Ce soir-là il en avait même quatre : un paquet de Marlboro menthol, un paquet de Lucky Strikes, ses cigarettes préférées, un paquet de Black Devils et un paquet de cigarillos sérieusement entamé par sa journée de débauche. Généralement, il achetait des cartouches, alors il pouvait se permettre d’alterner.

Elle était donc allongée, et s’amusait à faire des ronds de fumée, qui montaient très lentement, paresseusement, se décomposant au fur et à mesure pour n’être plus qu’une forme vague en atteignant le ventilateur au plafond. Elle s’esclaffa et recommença. Ce petit manège lui donna le tournis, surtout quand quelqu’un de très bien intentionné alluma le ventilateur. L’air frais ébouriffa ses cheveux noirs et, bercée par la musique et le ronronnement de l’appareil, elle ne tarda pas à s’endormir.

Bientôt, Etsuko et Blue furent les seuls à rester dans le salon, Blue parce qu’il rangeait vaguement le bordel qu’avaient mis les invités, Etsuko parce qu’elle finissait le fond des verres et les dernières lattes des joints, pour ne pas gâcher. Le matelas trônait toujours à sa place, près de l’ampli sur lequel Alice s’était à moitié endormie. Dio et Yoru s’étaient allongés dans le lit de Blue et n’avaient pas tardé à rejoindre Morphée et accessoirement Alice. Quant aux autres invités, ils étaient rentrés chez eux, tant bien que mal, ceux qui n’avaient pas bu ramenant les plus bourrés. Ils étaient réellement seuls, dans ce salon obscur.

 

-Alice te plait réellement ?

 

Blue se tourna vers Etsuko. Elle était assise sur le matelas, tentatrice, une cigarette à moitié consumée entre les lèvres, jambes croisées. Il esquissa un sourire amusé. Ainsi elle se jetait tout droit dans la gueule du loup ?

 

-Plutôt, oui. Ce qui me plaît, c’est sa fragilité, sa faiblesse, qu’elle cache derrière un masque de défi ou de joie. Mais enfin… Elle et moi, nous ne sommes pas ensemble.

-Heureusement, parce que je ne couche pas avec les mecs casés.

-Ça m’étonne de toi, railla Blue.

 

Il s’approcha à pas de loup, Etsuko le détailla entièrement, comme si elle le voyait pour la première fois. Des yeux d’un bleu cristallin, un sourire de pervers, des cheveux ébouriffés, noirs et bleus, des épaules fines comme celles d’une fille, mais les abdos musclés et bien dessinés. Un très beau garçon, en gros. Mais animé par des pensées des plus noires et malhonnêtes, elle le sentait. Après tout, les idées de ce garçon ne la concernaient en rien, elle n’était pas Alice. Elle l’aiderait, quand il le faudrait. À ce moment-là, l’heure était à la baise, pas à la réflexion.

Lorsqu’il fut au-dessus d’elle, elle se permit un sourire, mi-désolé, mi-amusé. Elle se demandait quelle serait la réaction d’Alice si elle les surprenait. Si elle savait qu’à quelques mètres d’elle à peine, sa toute nouvelle amie était entrain de coucher avec son tout nouvel amour. Que ressentirait-elle ? De la gêne ? De la tristesse ? De la jalousie ? Toutes ces choses en même temps ?

Pour l’instant, peu importait à Etsuko. Blue venait de lui retirer sa robe noire, le spectacle pouvait commencer.

 

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