Chapitre 2

Quand Dio eut fini de vendre son shit dans la ruelle perpendiculaire à l’avenue sur laquelle se trouvait le lycée, il les rejoignit, l’une de ses impossibles cigarettes fines et blanches entre les lèvres. Il avait terriblement abusé sur l’eye-liner et le mascara, ce qui lui donnait l’air d’une fille de joie. Mais il adorait ce look androgyne au possible, et n’était pas le seul : aussi étrange que cela puisse paraître, beaucoup de filles et de garçons dans le lycée étaient fous amoureux de lui.

Dio vola un baiser à Yoru, puis à Alice, et finit par s’asseoir près d’eux, croisant ses jambes interminables.

 

-Je vais chez le coiffeur cet après midi, les gens. Souhaitez-moi bonne chance.

-Good luck, Dio-sempai.

 

Dio était leur aîné d’une classe. Il sourit quand Alice cita son titre et lui caressa le genou.

 

-Thank you, Arisu-chan.

 

Elle replia sa jambe, en position de défense, et montra les dents. Elle n’aimait pas qu’on la touche sans sa permission, même quand elle était désespérée, et surtout les longs doigts fins de Dio ne la rassuraient pas, bien que cela fasse des années qu’ils se connaissaient.

 

-Relax, Alice. Je ne te violerai pas aujourd’hui. (Il sourit de toutes ses dents) Yoru par contre…

-Où est-ce qu’on a rendez-vous ?

 

Yoru n’avait aucun problème pour coucher sans sentiments. Alice poussa un petit gémissement outré.

 

-Tout à l’heure, dans le placard du foyer ?

 

Le foyer n’était jamais vide, et le placard était le lieu de rendez-vous de tous les adolescents débauchés du lycée, autrement dit toute la bande des « marginaux ».

 

-D’accord, donc à la récré dans le placard du foyer. Ça marche.

 

Yoru se leva, prit Alice par la main et lança sa clope près du pied de Dio, avant de tirer sa meilleure amie vers le portail du lycée.

 

-Yoru ! Enfin, c’est Dio ! Le type dégueulasse qui a plus de MST que de neurones !

-Je mettrai une capote, crétine. Et puis moi aussi je suis désespéré.

 

Il sourit à Alice et l’embrassa sur la joue.

 

-Allez, ne te fais pas de souci pour ça. Je peux encore gérer ma vie.

-Mais rien que d’imaginer ses mains… Ces espèces d’araignées, courir sur toi… Je crois que je vais vomir…

 

Yoru éclata de son rire semblable à l’idée que se faisait Alice des clochettes du traîneau du père noël. Elle adorait l’entendre rire, il riait si peu en ce moment.

 

À 10h, heure de la récréation, les deux amis se séparèrent et Yoru alla dans le foyer. Alice, de son côté, retourna s’asseoir sur le banc devant le lycée, en tailleur, son mp3 à fond dans les oreilles et la clope au bec. Tout un tas de gens qu’elle n’aimait pas défilèrent devant elle, jusqu’à l’apogée : le type qu’elle détestait le plus au monde alla rejoindre ses amis, juste à un mètre de son banc environ. Alice grogna.

De prime abord, le type n’était pourtant pas du même genre que les autres. C’était même un « marginal » selon les pouffiasses du lycée. Il était très mince, mais légèrement musclé, son visage était très fin et ses yeux immenses, mais ses cheveux noirs pointaient dans tous les sens, cachant en partie ses yeux. Le bout desdits cheveux était d’un bleu vif, exactement de la même couleur que ses yeux. Il vernissait ses ongles en noir, et semblait ne jamais avoir froid. D’ailleurs, en cette froide matinée d’octobre, il n’était vêtu que d’un simple baggy, d’un tee-shirt moulant noir aux imprimés bleus assortis à ses cheveux, et de son éternelle paire de rangers qu’il avait taggées de grosses fleurs bleues. Yoru et lui s’entendaient très bien. Mais depuis la première fois qu’elle lui avait parlé, il ressortait par les trous de nez d’Alice. Il était arrogant, sûr de lui, mielleux, très froid, et jouait au maximum de sa voix terriblement grave qui faisait se hérisser chacun des poils du corps d’Alice. À chaque fois qu’il parlait, elle frissonnait de dégoût. Le voir, là, devant elle, tout en sachant qu’en cet instant son meilleur ami était entrain de s’envoyer en l’air avec un pauvre type… C’était beaucoup trop pour Alice.

Une première larme coula sur sa joue, puis une seconde, suivie de dizaines d’autres.

Le garçon qu’elle détestait se tourna vers elle, leurs regards se heurtèrent, elle détourna les yeux, blessée. Ce qu’elle avait lu dans les iris de son ennemi n’était ni du dégoût ni de la satisfaction, comme elle aurait pu le croire, non, c’était de l’inquiétude. Il s’inquiétait de la voir dans cet état.

Elle se leva et courut sans regarder où elle allait, se retrouvant miraculeusement dans la ruelle qui servait de terrain de chasse à Dio. C’était là qu’il vendait son shit, également. Elle détestait ce coin. Ses larmes redoublèrent.

Son ennemi entra dans la ruelle à sa suite. Ses yeux bleus semblaient d’acier. Il ressemblait étrangement à Yoru, lorsqu’il était aussi déterminé.

 

-Alice…

-Casse-toi. Va te faire mettre.

 

Sa voix ne contenait pas la colère nécessaire pour le faire bouger ne serait-ce que d’un centimètre. Elle ne réussit même pas à l’empêcher d’approcher plus.

 

-Alice…

 

Son timbre à lui était si doux, si chaud, si mielleux, et à la fois si rauque. Elle le repoussa, se tourna dos à lui, se rendant compte à quel point elle avait envie qu’il la prenne dans ses bras.

 

-Tourne-toi.

-Jamais. Je te hais, t’es qu’un crétin, un emmerdeur, un sale égoïste arrogant, pourri jusqu’à la racine, mielleux et froid, frigide même. Je te hais.

 

Elle avait dit cela sur un ton très égal, comme une constatation, tout en sachant que ces insultes ne le feraient pas plus bouger. L’humeur n’y était pas. Bizarrement, la présence de son ennemi l’apaisait. Elle avait envie qu’il reste, et il le sentait bien. Elle releva le menton et en rajouta une louche.

 

-Pire, t’es mal baisé, t’es un sale porc, un junky, et la plus grosse merde que j’ai jamais vue. En plus je suis sûre que t’as une toute petite bite. Je te hais, répéta-t-elle, pour la forme.

 

Elle l’entendit rire doucement, tant les insultes étaient fausses et infondées.

La prenant par l’épaule, il la força à se retourner et l’incendia de son regard couleur iceberg.

Et une fois qu’elle fut totalement captivée, bien que hoquetant toujours à cause de ses larmes, il la plaqua contre le mur de la ruelle et embrassa son cou, juste sous son oreille. Le frisson qui la parcourut faillit la mettre par terre. Un mélange de dégoût et de plaisir qui lui donna envie de vomir.

De là, après avoir caressé le lobe de son oreille du bout de sa langue (percée), il descendit légèrement jusqu’à sa poitrine, qu’il embrassa de plus belle. Elle essaya de le repousser, mais il attrapa ses poignets et la maintint contre le mur, son sourire de démon reflétant son amusement.

Quand il eut fini son exploration, il la prit dans ses bras et la serra contre son torse, tellement contradictoire qu’Alice ne pu retenir un léger rire, tandis qu’elle s’agrippait au dos de son tee-shirt, comme pour l’empêcher de partir.

 

-Je te hais.

-Moi aussi, Alice.

 

Sortant une de ses propres cigarettes de la poche arrière de son baggy, il lui glissa entre les lèvres puis l’alluma à l’aide de son zippo en métal bleu. Elle faillit s’étouffer avec la première taffe, mais sourit, s’étant presque remise de ses émotions.

 

-Tu comptes sécher le cours d’Anglais qui vient après ?

-Ouais. Et toi ?

-Je ne peux pas.

 

Il l’embrassa sur la joue et partit, les mains dans les poches, un sourire arrogant planant sur son visage. Alice se passa la main dans les cheveux, riant nerveusement.

 

-Connard…

 

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