Chapitre 1

Chapitre 1. L'heure de la clope, c'est comme le refuge au sommet de la montagne : plus t'en approches, plus elle paraît difficile à atteindre.

 

 

Les minutes s’écoulent. Lentement. Cinq minutes avant la sonnerie, le temps paraît toujours s’étirer comme un vieux chewing-gum, jusqu’à ce qu’il rompe et qu’enfin ça sonne. « Argh, il est 52, quand est-ce que cette foutue cloche va se décider à faire entendre son boucan caractéristique ? » me dis-je, tout en regardant ma montre à gousset accrochée autour de mon cou.

Si je devais me décrire en quelques mots, je dirais noir, car c’est la couleur que je porte le plus, rouge, car c’est la couleur de mes cheveux, orange, car c’est la couleur de ma mèche, et ma couleur préférée, ainsi que conne, parce que je le suis. Qu’est-ce que je pourrais dire d’autre, de toute façon ? Et puis on me demande de me définir, alors je me définis. C’est pour présenter un peu l’un des personnages principaux de cette histoire, de cette vie.

Enfin, ça sonne !

Je dévale quatre à quatre les marches des escaliers, en tâchant de ne pas me ramasser comme une merde sur les carreaux entre marron et orange qui composent le sol. Il fait beau aujourd’hui, et le soleil joue à disperser des éclats dans les cheveux des gens –et en particulier dans les siens. Je ne parlerai pas de lui, tout simplement parce que je n’en ai pas envie. Je lui fais un vague signe de la main et me dirige vers la sortie, marchant rapidement. Car dehors, il y a les autres. Les autres personnages principaux de cette vie, mes amis. Mais pour cette histoire, on s’intéressera en priorité à Allegra, une de mes meilleures amies.

Si je devais décrire Allegra comme il faut, je mettrais des heures. Elle est tout simplement merveilleuse. Belle, intelligente, gentille comme un cœur. Bon, elle se déteste, mais ça c’est un détail. Sans elle, ma vie serait complètement différente de ce qu’elle est actuellement. Elle l’embellit au quotidien, l’éclaire de sa lumière qui semble ne jamais s’éteindre. Elle sèche mes larmes et ose pleurer sur mon épaule lorsque l’envie lui vient. Allegra, maintenant, c’est une partie de moi, et dans cette histoire elle aura une place prédominante.

Pourquoi elle en particulier ? Tout simplement parce qu’elle compte énormément pour moi. Attention, elle n’est pas la seule, mais…

Elle mérite d’avoir un peu un rôle principal.

Et elle est là, sur le trottoir, avec sa clope et son sourire. Et son copain, aussi. Max. Je ne le connais pas très bien, mais de ce que j’ai pu voir, c’est un mec gentil. Il la rend heureuse. Ils vont bien ensemble, d’ailleurs. Enfin bref, cette histoire ne raconte pas uniquement la vie d’Allegra (sinon les gens s’ennuieraient !), mais également la mienne.

Je m’approche d’eux, me sort une cigarette, en prêtant une oreille distraite à leur conversation. Ça parle d’une fête, samedi soir. Normalement je n’ai pas le droit de sortir, sauf pendant les vacances, mais visiblement celle-là est importante. Genre inratable.

 

-Tu viendras ? Me demande Allegra, en posant la main sur mon épaule pour me regarder dans les yeux.

-Baah…

-Non mais c’est un ordre.

-Maaais…

-OH ! TU OBÉIS À TON MAÎTRE !

-Oui maître, je concède en souriant. Ce soir je demande à ma mère, et on verra bien. Mais je pense qu’elle va dire non.

 

J’ai droit à une claque sur le bras, mais je l’avais bien cherchée. Mes amies détestent quand je dis directement « elle va dire non », sans même avoir demandé avant. Mais cette claque était pas méchante, pas comme celles qu’Allegra me file quand je fais des trucs pas clairs avec des lames de cutter…

 

-T’as quoi après ? (Max se tourne vers moi, il semble attendre une réponse) Perso je vais rester là encore une heure ou deux, donc si t’as rien…

 

Max n’est pas dans notre lycée. Il fait un bac pro, un truc qu’il déteste, et il ne nous en parle jamais. Il voudrait être styliste. Donc la plupart du temps, il sèche les cours pour venir au lycée, voir Allegra.

 

-Bah si, j’ai littérature. (Je soupire) Et toi chérie ?

-Je reste avec Max. (Je prends une expression horrifiée, Allegra sourit) Oh ça va hein ! J’ai histoire, c’est d’la vieille merde, alors bon…

-P’tain j’ai la flemme d’aller en littératuuuuure, je gémis.

-Non, c’est mort, tu vas en cours, me rabroue Allegra en me poussant vers le portail.

 

Je finis par obéir en ronchonnant. Elle ne perd rien pour attendre, celle-là. Ma vengeance sera terrible. Pourquoi elle a le droit de sécher et pas moi d’abord ? C’est pas juste !

Je me vengerai à la fête, tiens…

 

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