Chapitre 2

Les escaliers ne grinçaient pas sous leurs pas, et Nero adorait ça. Pouvoir monter les marches et les descendre sans que personne ne vous entende, c’était le pied. Il dit au revoir à sa mère, d’en haut, et termina son ascension avec un sourire. Il avait bien mangé, les hamburgers de sa mère étaient toujours excellents. De plus, il n’avait pas essayé de toucher Weiss de tout le repas, et celui-ci avait paru surpris, mais plutôt agréablement. Forcément, lorsqu’on n’était pas obligé de s’empêcher de bander pendant tout un dîner, on pouvait bien mieux en profiter.

Arrivé dans leur salon, Nero s’affala sur le canapé et ferma à demi les yeux, extatique. Lorsqu’il sentit le regard de Weiss l’effleurer, il les rouvrit.

 

-Quoi ?

-T’es malade, frangin ? T’as pas fait la mauvaise tête de tout le repas, et t’as même pas essayé de me toucher. Si ça c’est pas étrange…

-J’ai cru comprendre que ça te dérangeait. (Nero haussa les épaules) J’ai donc arrêté.

-Ça serait bien la première fois que tu te soucierais de quelqu’un d’autre que toi-même.

 

Nero détourna la tête, boudeur. Ainsi c’était ce que son frère pensait de lui. Qu’il n’était qu’un sale gamin égoïste qui ne faisait rien pour personne sauf pour lui-même.

 

-Si tu le dis…

-Eh, le prend pas mal. (Weiss se rapprocha et effleura la joue de Nero qui tressaillit mais ne le regarda pas) Allez, tourne-toi. (Nero secoua négativement la tête et croisa les jambes et les bras en signe de défi) Nero… Ne me force pas à en venir aux mains…

-Même pas cap avec M’man en bas…

 

En tournant brièvement le regard, il remarqua qu’un léger sourire s’était dessiné sur les lèvres de son frère. Un sourire amusé qui ne lui disait rien qui vaille.

 

-Tu ne devrais pas me défier…

 

Avec une douceur exquise, la main de Weiss se posa, aussi légère qu’un papillon, sur la joue de Nero, et il le força, avec une puissance bien plus mentale que physique, à le regarder dans les yeux.

 

-Nero, quand tu as sauté…

 

Il était redevenu sérieux. Nero sembla soudain trouver un intérêt tout particulier à ses chaussettes noires.

 

-Hm…

-Tu sais, juste avant, on s’était disputés, et tu m’as reproché de ne pas t’aimer comme toi tu m’aimes. (Nero rougit façon homard) De ne jamais rien vouloir te faire. Tu disais qu’il fallait toujours me forcer, que je venais toujours à reculons, tu te souviens ?

 

Les joues de Nero étaient si rouges qu’on aurait largement pu faire cuire un steack dessus. Weiss en était certain. Il se rapprocha légèrement, de façon à ce que ses lèvres ne soient plus qu’à environ cinq centimètres de celles de son frère.

 

-Eh bien tu te trompais… (Nero releva enfin les yeux et ce fut pour mieux se noyer dans ceux de son jumeau qui esquissa un sourire désolé) Je m’en veux que tu aie pu croire ça. Je t’aime comme un fou, Nero. Je t’aime comme je n’aimerai jamais personne. Et dieu seul, s’il existe, peut mesurer à quel point je te désire. À que point la moindre de tes paroles, le moindre de tes souffles, ton odeur, ta chaleur, la douceur de tes cheveux, la fermeté de tes cuisses, tout en toi est désirable à mes yeux.

 

À l’entente de ces mots qu’il n’avait même pas osé rêver, Nero déglutit avec difficulté et sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Mus par un automatisme, ses bras se nouèrent autour du cou de son frère et il l’embrassa à en perdre haleine, avec toute la fougue et la passion dont il était capable, mêlées à toute la douceur et l’amour qu’il dissimulait au plus profond de son cœur.

 

-Je t’aime, Weiss… murmura-t-il après ce long baiser qui l’avait laissé hors d’haleine. Je t’aime, et je t’aimerai toute ma vie.

 

Weiss se releva, souleva son frère dans ses bras, le portant comme une princesse, et alla le déposer sur son propre lit, dont les draps étaient à carreaux bleus et blancs. Ceux de Nero étaient rayés noir et jaune fluo, des couleurs qu’il affectionnait particulièrement. Le ténébreux esquissa un sourire en constatant cela, puis se laissa glisser avec délectation dans le coma vide de pensées dans lequel il finissait toujours lorsqu’il faisait l’amour avec Weiss.

 

 

Le lendemain matin, tandis qu’il sortait de la salle de bains, il surprit le regard de Weiss posé sur lui. Le blond avait la tête légèrement penchée sur le côté et un sourire très doux sur les lèvres.

 

 

"Tu es très beau, Nero."

 

 

-Tu es très beau, Nero.

 

Ce simple petit compliment fit rougir le plus jeune de plaisir, et il fila vers la chambre sans demander son reste.

 

Lorsqu’ils montèrent dans le bus scolaire, ils soupirèrent avec une synchronisation que seuls les jumeaux ont. Toutes les places étaient prises, sauf deux, qui n’étaient pas à côté mais l’une derrière l’autre. Leur premier jour commençait bien… Nero choisit de s’asseoir à côté d’une jeune fille aux cheveux roux, et au visage à moitié caché par une épaisse mèche. Lorsqu’elle remarqua sa présence, elle esquissa un sourire et se présenta. « Marynee », dit-elle. Puis elle se retourna vers la fenêtre et ne dit plus un mot du voyage.

Quant à Weiss, il avait atterri à côté d’un jeune homme habillé quasiment comme lui. Celui-ci tendit la main et dit qu’il s’appelait Jérémie mais que ses amis l’appelaient Rox, pour Roxas. Weiss sourit et se dit qu’il pourrait être ami avec ce garçon.

 

Le bus s’arrêta devant un grand bâtiment grisâtre, très en hauteur, comme une église gothique. Weiss et Nero descendirent et sifflèrent doucement lorsque leur regard se posa sur la façade.

 

-Balèze, hein ? Chuchota Rox derrière eux.

 

Les jumeaux acquiescèrent. Weiss regarda Nero, lui demandant silencieusement si Jérémie pouvait mettre un pas dans leur cercle, et Nero esquissa un sourire, signifiant que ça ne lui posait pas de problème. Le blond sourit, ravi, et se tourna d’un quart vers l’arrière pour attendre leur nouvel ami. Quant à Marynee, elle avançait, seule, son casque sur les oreilles, comme si rien n’avait véritablement d’importance pour elle. En la regardant Nero soupira. Elle lui faisait penser à son ancien lui-même, celui qu’il voulait faire disparaître. Et il se fit la promesse de ne pas la fréquenter.

Rapidement, ils connurent les gens les plus intéressants de leur classe. Axel Smell par exemple, dont les cheveux soyeux, auparavant sans doute d’un blond clair, étaient couleur vieux rose, ce qui était différent d’un rose barbie-pétasse (petite différence sur laquelle il disserta pendant toute la première heure de cours). Il y avait aussi September et April, des jumelles, avec qui Weiss et Nero s’entendirent tout de suite très bien, car elles étaient comme eux : unies comme les doigts de la main. Demyx et Génésis étaient également jumeaux (tiens, quelle surprise !) et Génésis sortait avec September. Le petit ami d’April s’appelait Cid Heat, et ses cheveux plus blancs que blonds étaient caractéristiques, ils tranchaient vivement avec ses yeux brun foncé. Le petit ami de Jérémie, Léo (surnommé Sky) était également dans le lot. Ses cheveux bruns en pétard attiraient tout de suite l’attention, de même que ses yeux couleur de ciel, légèrement plus foncés que ceux de Weiss. Marynee était également là, silencieuse, assise à côté d’un garçon roux coiffé comme Nero et qui portait le même genre de lentilles (Weiss évita de le regarder pendant toute la journée de cours) qui s’appelait apparemment Jérémiah. Pour finir, il y avait cette jeune fille, la meilleure amie d’April, qui contrastait pas mal avec tous ces gens étranges, Rebecca, à la peau couleur chocolat et aux cheveux décolorés, qui parlait fort et souriait tout le temps. Tout ce beau monde formait la Terminale Littéraire option Arts du lycée. Et les jumeaux sentaient qu’ils y seraient bien. Là, au milieu de ces marginaux, ils sentaient qu’ils avaient trouvé leur place.

Enfin.

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